jeudi 17 mai 2012

Plainte à Quebecor pour un article sexiste... et le déni du sexisme au nom de la liberté d'opinion

De : MamZell Tourmente
Envoyé : 10 mai 2012 00:34
À : Pupitreurs Canoe
Objet : plainte au sujet de l'article "Trouver la femme en soi grâce aux manifestations" de Maxime Deland paru le 30 avril 2012

Québec, le 10 mai 2012,

À l'attention de la rédaction

740 rue Notre Dame Ouest, Bureau 1305
Montréal (Québec)
H1Y 3J5
Tél. : (514) 380-1997
Télécopieur : (514) 380-9552pupitreurs@canoe.ca

Bonjour monsieur ou madame,

Je désire adresser une plainte à l'attention de la rédaction de Canoe Inc. (Quebecor media) concernant l'article "Trouver la femme en soi grâce aux manifestations" de Maxime Deland, paru le 30 avril 2012 en ligne.

Je suis sidérée de constater que des propos machistes puissent trouver encore une place dans un grand média. La plume d'un chroniqueur ou d'une chroniqueuse, même si elle autorise quelques élans d'humour ou de polémique, ne peut servir à porter des propos sexistes à l'endroit des femmes. En guise d'explication, et par souci de brièveté, je tiens à mentionner que le "féminin" ne se résume pas à l'acte de pleurer, de s'obstiner ou d'avoir des intuitions, que ces caractéristiques sont présentes chez toutes les personnes indépendamment de leur genre sexuel, et que de tels propos tiennent d'une réduction de la féminité à ce qui est considéré "faible" par le "masculin". Car c'est en effet ce dont fait état le journaliste : les manifestations ont ouvert, chez lui, une brèche de faiblesse. Cela ne devrait pas être rapporté avec une comparaison à l'état des femmes. Je précise, il ne s'agit pas ici d'un stéréotype du féminin (des généralités), mais bien de sexisme (réduction du féminin à quelque chose de faible par opposition à la force présumée des hommes). Cette interprétation n'est pas nuancée par aucun propos (ironie ou sarcasme), mais est, bien au contraire, renforcée par la chute de l'article qui remet le rédacteur dans sa position confortable d'homme (je soulève également le caractère réducteur de ce portrait à grand trait de l'homme...) qui reprend son assurance en retournant dans son "construit social" associé à son genre, le genre fort, le sexe fort.

J'aurais pu passer son silence mon irritation à la lecture de cet article, mais le machisme et le sexisme doivent être combattus partout car ils engluent tout le discours social. Peu importe les intentions de l'auteur (la question des intentions n'étant pas intéressante), le résultat est le même : les propos de cet article sont inacceptables dans une société qui reconnaît la femme comme une personne à part entière et non en opposition ou en complémentarité avec l'homme.

Cordialement, 


MamZell Tourmente

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Bernard Barbeau :

Je vais répondre poliment à la dame, mais avant, pourriez-vous me dire ce que vous pensez de ça?

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Bonjour Mme Tourmente,

Comme vous pouvez le voir, j’ai été particulièrement maladroit et je vous ai envoyé un message qui ne s’adressait pas à vous… Soyez toutefois assurée que je vous reviendrai très vite.

Merci de votre compréhension,

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Bernard Barbeau 
Chef des nouvelles (web), Agence QMI
514-380-6027 (Bureau)514-424-7587 (Cellulaire)
740, Notre-Dame Ouest, Bureau 1305, Montréal, Qc, H3C 3X6bernard.barbeau@agenceqmi.ca
@BernardBarbeau (Twitter)
 

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Bonjour Mme Tourmente,

Je prends bonne note de votre plainte, que je considère avec énormément de sérieux.

Je suis tout à fait d’accord avec vous quand vous dites que le machisme et le sexisme doivent être combattus. Par contre, je ne vois ni machisme ni sexisme dans la chronique que Maxime a écrite. Et je peux vous assurer que ce ne sont pas des «valeurs» qu’il porte.

Cela dit, il est clair que Maxime aura vos commentaires à l’esprit quand il écrira ses prochaines chroniques. Il doit cependant pouvoir continuer d’exprimer son point de vue à sa manière, et vous pouvez bien sûr ne pas le partager.

N’hésitez pas à nous faire à nouveau part de vos commentaires,

Bernard Barbeau 
Chef des nouvelles (web), Agence QMI

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De : MamZell Tourmente
Envoyé : 10 mai 2012 16:56
À : Bernard Barbeau
Objet : RE: plainte au sujet de l'article "Trouver la femme en soi grâce aux manifestations" de Maxime Deland paru le 30 avril 2012

Bonjour,

Étant donné la négation de la présence marquée de machisme et de sexisme dans cet article malgré mes arguments, et étant donné le courriel que j'ai reçu d'abord, par mégarde, et qui enlève du poids à votre considération sérieuse de ma plainte, j'aimerais avoir la réponse impolie qui aurait pu lui faire suite...

Bien à vous,
 

MamZell Tourmente

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Madame,

Vous faites allusion au fait que j’ai écrit «poliment»? Cela n’impliquait pas que j’avais envie de vous répondre d’une autre façon, je vous l’assure, mais marquait plutôt mon intention de vous rassurer respectueusement. Rien de moins, rien de plus.

Quoi qu’il en soit, nous tenons compte de votre opinion et des autres qui nous sont communiquées. Nous ne sommes pas d’accord avec vous cette fois-ci, tout simplement.

Cordialement,

Bernard Barbeau
Chef des nouvelles (web), Agence QMI

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Bonjour,

Je ne peux m'empêcher de lire vos réponses avec perplexité... Le sexisme est une réalité, un fait. Vous semblez dire que, si vous ne le percevez pas, c'est qu'il n'existe pas; que le sexisme doit être soumis à l'opinion et que, conséquemment, si vous n'êtes pas d'accord, c'est qu'il n'y en a pas. Ainsi, le sexisme et toutes les oppressions (pour élargir le débat) devraient être reconnus par consensus entre les tenants du discours machiste et les autres (les opprimées, disons, pour mettre les bons mots, les femmes cette fois-ci). Ne voyez-vous pas le caractère illogique de vos affirmations ? Avez-vous un comité qui reçoit les plaintes et en juge la recevabilité ou celle-ci est-elle liée à votre humeur ou votre opinion du moment ? En ce cas, j'aimerais que vous soumettiez ma plainte à une rédactrice (une femme) sensibilisée à la question du machisme et du sexisme dans les médias de masse et j'aimerais avoir une réponse critique autre que "nous ne sommes pas d'accord avec vous".

Je vous remercie de votre considération sérieuse.

MamZell Tourmente
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Bonjour Mme Tourmente

Je conviens bien sûr que le sexisme existe et qu’il est néfaste. Je constate cependant que nous n’arriverons pas à nous entendre au sujet de la chronique qui suscite votre indignation. Je n’y vois pas nécessairement un problème, mais plutôt le reflet d’une saine multiplicité des opinions. Car oui, il est question ici d’opinions et de libre expression. Maxime est un chroniqueur, ce qui implique qu’il exprime des points de vue personnels. Et ceux-ci ne font en aucune façon la promotion du sexisme. Ce serait totalement incompatible avec les valeurs de notre entreprise.

Nous tenons compte de vos commentaires et de tous les autres que nous recevons, mais vous reconnaîtrez certainement que nous n’avons pas à nous plier à votre volonté.

Veuillez agréer l’expression de mes meilleurs sentiments,

Bernard Barbeau
Chef des nouvelles (web), Agence QMI




 

Plainte au Journal Le Soleil - et la réponse pleine de sophismes d'un journal qui se veut crédible

De : MamZell Tourmente
Date d'envoi : mardi 8 mai 2012 14:52
À : Redaction
Objet : plainte contre l'utilisation d'une photo et plainte générale contre votre point de vue médiatique biaisé et biaisant
Québec, le 8 mai 2012,

À l'intention du ou de la responsable des plaintes au Journal Le Soleil et à l'intention de la rédaction

Monsieur ou Madame,

Je m'appelle
MamZell Tourmente. Je suis étudiante finissante au baccalauréat en littératures modernes à l'Université Laval. L'article «Premier jour de vote: un refus quasi général», publié le 8 mai 2012 à 5:00, comporte une photo de notre assemblée générale d'hier après-midi, prise par Jean-Marie Villeneuve. Or, vu l'attitude arrogante de votre photographe, plusieurs personnes se sont senties mal à l'aise de sa présence et nous avons voté à majorité un huis clos photographique. Ainsi, la présence de cette photo dans l'article ne respecte pas la décision que nous avions prise démocratiquement en assemblée. La publication de cette photo est un manque de respect et une atteinte au droit de ne pas être photographiéEs si nous avons exprimé un non-consentement clair.

Je vous demande de la retirer le plus rapidement possible.


De plus, Annie Mathieu, la journaliste qui a rédigé l'article, était assise juste devant moi pendant une bonne partie de l'assemblée générale. Dans son rapport, elle n'a pas cru bon de parler de la contre-offre proposée et adoptée par l'Association de création et d'études littéraires de l'Université Laval (ACELUL). Cette contre-offre, j'en suis la proposeuse, j'ai passé une partie de la nuit avant l'AG à l'écrire, en m'inspirant du bilan du Comité de négociation de la CLASSE lors du congrès de samedi, de la plénière fort instructive qui s'en est suivie et des discussions via les médias sociaux. Il s'agit du fruit d'un travail de groupe d'intellectuel-le-s que seule une démocratie directe participative peut apporter. C'est en fait une série d'amendements à l'offre de la ministre qui ont été discutés, amendés puis adoptés point par point lors de notre longue assemblée (7 heures). Cette offre consiste, selon moi, le point le plus intéressant de notre assemblée et a, selon moi, été omis volontairement par la journaliste. Je sais par expérience que, depuis le début de la grève, les médias de masse présente un discours orienté qui vise à discréditer notre mouvement par le biais de la manipulation ou de l'omission de données importantes, par l'omission de faits également importants et l'attention médiatique démesurée sur la violence qui néglige le mouvement de masse, lequel est pacifique. Je sais également qu'il est pratiquement impossible de faire publier les textes et les lettres écrites par des étudiants et étudiantes dans votre journal (les deux miens sont restés sans réponse, comme ceux de plusieurs autres de ma connaissance) en contre-poids à ce point de vue.

Par souci de neutralité au moyen de l'expression d'une multitude de points de vue plutôt que d'un seul point de vue biaisé et orienté vers le discours du pouvoir établi, je vous propose donc de vous rattraper dans un article prochain et je vous envoie notre contre-offre telle qu'adoptée ainsi que les amendements à l'offre de la ministre (en version séparée de l'offre de la ministre) afin que vous puissiez juger et médiatiser le travail important que nous faisons en assemblée générale, plutôt que de médiatiser les 20 étudiants et étudiantes qui quittent les AG pour des raisons que nous ignorons tous et toutes et qui ne pourraient s'expliquer que par des obligations, puisque nous en avons tous et toutes, en grève ou pas, et les 2/3 des étudiants et étudiantes qui ne se présentent pas aux AG !

Je vous les envoie donc en fichier-joint et j'espère, cette fois-ci au moins, une réponse par courriel (directe) et dans la publication d'un article sur notre contre-offre.

Cordialement,

MamZell Tourmente
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Bonjour Mme Tourmente

Le photographe dont vous parlez, Jean-Marie Villeneuve, a 35 ans d'expérience en photo de presse et s'est toujours comporté en très grand professionnel. 
Il n'a rien d'un arrogant et s'est rendu sur les lieux en tant que représentant d'un important média d'information qui couvrait, comme nos reporters, un événement à caractère incontestablement public, soit un vote concernant la très discutée entente du week-end. 
Par ailleurs, je vous assure que Le Soleil s'efforce depuis le début du conflit d'offrir une couverture complète et sans parti pris. Nous avons publié des centaines de textes d'opinions sur le dossier en donnant la parole au plus grand nombre de personnes possible, de façon à refléter la diversité des points de vue. Mais vous comprendrez qu'il nous est impossible de tout publier.

Martin Pelchat
Directeur de l'information