jeudi 27 février 2014

Attaques sexiste et hétérosexiste en réaction à la dénonciation du MILF-O-THON


Petit ajout pour nommer deux (2) types de réactions typiques à la suite d'une intervention féministe : les attaques sexiste et hétérosexiste. En voici deux (2) exemples et quelques explications.

Attaque sexiste
L'un des organisateurs de l'événement (il semblerait, à la lumière de ce que j'arrive à lire de ce message) attaque mon propos sur la base de... ma possible apparence physique (de "pas sortable") et de mon possible ennui-dans-la-vie.



Cette attaque est sexiste parce qu'elle stipule que, en tant que femme, je serais obligée de me conformer au jeu de plaire aux hommes et de les séduire en m'habillant et me coiffant (en investissant du temps là-dessus pour y arriver) d'une certaine manière, sans quoi je serais qualifiée (par autrui) de "pas sortable" (son synonyme étant "pas montrable" ou ou de femme-à-baiser-dans-le-noir ou encore, sur le plan visuel, une image "humoristique" de femme avec un sac brun sur la tête).

Elle est aussi sexiste parce qu'elle dit en fond que je ne peux pas tenir un discours rationnel sur quelque chose parce que les femmes ne peuvent que se rapporter à leurs frustrations/émotions personnelles. Ainsi, peu importe mon argumentaire, le temps que je prends pour énoncer mes critiques, les appuyer, les illustrer, les expliquer, TOUT en moi ne serait que motivé par des problèmes psychologiques et personnels. Cette attaque, qui viendrait en plus de l'un des organisateurs, ne fait que confirmer mon propos.

Attaque hétérosexiste
J'ajoute un second exemple, mais cette fois-ci, d'attaque hétérosexiste (il s'agit d'un exemple, mais on en trouvera à l'infini typiquement en réaction à tout discours féministe fondé sur la logique) :


Il existe une croyance que la colère des femmes peut être liée à leur utérus. Cette croyance a été perçue comme une vérité scientifique au cours du 20e siècle (c'était presque hier!) et motivée plusieurs diagnostics médicaux. L'hystérie est un mot qui signifie une colère spontanée et sans fondement. Ce mot est étymologiquement - par sa construction linguistique et donc historique - lié à hystérectomie, un terme médical qui signifie le retrait de l'appareil reproducteur des femmes. On a donc pratiqué, par le passé, des interventions chirurgicales sur le vagin pour tenter de soigner la santé mentale des femmes.

Mais comment des scientifiques (ou de prétendus scientifiques) et des médecins ont-ils pu supposer une telle absurdité? Parce que c'était évident pour eux, c'était une des nombreuses "vérités" sexistes qui témoignaient de l'infériorité naturelle des femmes par rapport aux hommes. On trouve des exemples de démonstration de cette infériorité tout au long de l'histoire de la civilisation occidentale - je ne connais pas assez bien l'histoire des autres groupes ethniques pour en parler - de l'Antiquité avec Aristote jusqu'au siècle des lumières avec Rousseau ou Montesquieu, sans compter des démonstrations plus récentes comme celle du fondateur du journal Le Devoir et grand politicien québécois, Henri Bourassa. Afin de bien rendre compte de sa démonstration et de sa similitude avec les démonstrations ACTUELLES servant à justifier un propos ou une attitude sexiste (le double standard, en l'occurrence), je vais le citer :

La différence des sexes entraîne la différence des fonctions sexuelles ; et la différence des fonctions sexuelles crée la différence des fonctions sociales. Le prétendu « droit » de suffrage n'est qu'une forme des fonctions, des charges sociales, qui incombent à l'homme, soit à cause de sa conformation physique ou mentale, soit, surtout, à cause de sa situation et de ses devoirs de chef de famille. La principale fonction de la femme est et restera — quoi que disent et quoi que fassent, ou ne fassent pas, les suffragettes — la maternité, la sainte et féconde maternité, qui fait véritablement de la femme l'égale de l'homme et, à maints égards, sa supérieure. Or la maternité exclut forcément les charges trop lourdes — le service militaire, par exemple, — et les fonctions publiques. Si l'on persiste à parler de « droits », de « privilèges », je dirai que la maternité vaut à la femme le « droit » et le « privilège » de n'être ni soldate, ni électrice ; elle l'exempte des fonction et des charges publiques tout comme le sacerdoce, la magistrature et certaines hautes fonctions sociales soustraient ceux qui les exercent à l'obligation de servir à l'armée, dans les jurys, etc.

Mais, s'écrient les féministes, que faites-vous des nombreuses femmes non mariées ? D'abord tout ce qui, en dehors de l'appel de Dieu, tend à éloigner les femmes — et les hommes — du mariage, est en soi dommageable à la femme et la ramène vers la servitude ; et le féminisme, le suffragisme surtout, est l'agent le plus actif de ce retour à l'esclavage. Ensuite, le célibat, volontaire ou forcé, ne change pas la nature de la femme ni les aptitudes ou les inaptitudes qui en découlent. Les femmes appelées par l'Esprit de Dieu à la vie parfaite, et celles que des causes exceptionnelles, volontaires ou forcées, tiennent en dehors du mariage, n'en restent pas moins des femmes, incapables de porter les plus lourdes charges sociales, inaptes à l'accomplissement des fonctions publiques. Les rares exceptions qu'on peut citer sont et restent des exceptions, des monstres, qui confirment la règle de la nature.

 Cette croyance que les femmes ne sont pas des êtres rationnelles, mais plutôt des créatures de la nature guidée par leur instinct et définie par leur destinée de reproductrice (et donc, leur système hormonal lié à leur système reproducteur) débouche, en 2014, sur des suggestions de traitement contre toute analyse logique et critique du patriarcat qui consistent à pénétrer le vagin avec un pénis ou un substitut phallique (dildo ou autre objet en forme de pénis). Ce traitement est supposé tout guérir : la colère, l'indignation, la révolte, l'ennui, la dépression, le deuil, etc. Paquin, notre fémino-psychiatre chéri, le conseillait fortement contre l'agressivité de 728. L'idée finale, c'est de ramener les femmes dans le droit chemin : des êtres souriant qui trouvent drôles les insultes (sous le couvert de l'humour) qu'on leur balance par la tête et qui acceptent sans broncher leur position de subalterne dans la société.

Pourquoi on dit que c'est hétérosexiste? Parce que le postulat sous-jacent à un tel diagnostic est que la sexualité des femmes (et DONC leur équilibre mental - psychologique, affectif, rationnel) a besoin de l'intervention du pénis (et donc, par extension, de relations sexuelles avec un homme). La sexualité normale est donc hétérosexuelle, par opposition aux autres sexualités qui seraient anormales voire contre-natures (puisque deux discours distincts existent : l'idée de norme/convention sociale et l'idée de nature humaine).

Les discours hétérosexistes visent à renforcer l'obligation à l'hétérosexualité (lire l'excellent texte d'Adrienne Rich, La contrainte à l'hétérosexualité et l'existence lesbienne pour comprendre comment la société force et renforce l'hétérosexualité) et à discréditer ou à marginaliser les autres formes de relations sexuelles : avec soi-même! avec une personne de même sexe, avec une personne sans égard à son sexe, avec plusieurs personnes en même temps ou sur une période de temps, etc. Ce discours est d'autant plus présent quand il s'agit de la sexualité des femmes, puisque la société patriarcale réduit la femme à l'état d'objet sexuel appartenant aux hommes, nie sa sexualité et postule un droit d'accès illimité des hommes au sexe des femmes (par le viol, le harcèlement sexuel et les agressions sexuelles, le mariage - là où le mariage donne des droits aux hommes sur les femmes, ce qui était le cas du Québec jusque dans les années 80 - la prostitution, etc., tous des conséquences de l'objectification des femmes). Tandis que les discours hétérosexistes contre les hommes gays attaquent principalement leur virilité (ils ne correspondent pas à de vrais hommes, ils s'abaissent aux femmes) et les insultes à leur égard évoquent généralement la féminité ou la faiblesse (tapette, femmelette, femme, efféminée).   

Lettre de dénonciation du sexisme ironique de La P’tite Grenouille avec son MILF-O-THON

La P’tite Grenouille de Charlesbourg
5350 Boulevard Henri-Bourassa, Charlesbourg, QC, G1H 6Y8

À qui de droit,

Nous sommes des femmes, des hommes, des parents, des travailleuses et travailleurs et des étudiantes et étudiants. Nous sommes indigné-e-s d’apprendre que votre établissement organise des soirées MILF-O-THON.
Vous prétendez rendre hommage aux mères en affirmant, dans le petit bordereau rose tout gentil sous l’affiche : « Parce que c’est pas parqu’on est maman, qu’on n’a pas le droit d’être sexy, d’avoir du plaisir entre amies et d’assister à un bon spectacle [sic] ». Pourtant, vous avez choisi de dénommer l’événement MILF-O-THON en référence à deux expressions douteuses : « MILF » et « O-THON ».