dimanche 2 décembre 2018

Une critique féministe des lutins de Noël : de la magie à l'invisibilisation des femmes




Nous sommes le 2 décembre. Plusieurs d'entre nous débutent leur calendrier de l'avent. Et comme on veut être écolo et féministe et alternatif, ce calendrier n'a pas été acheté en pharmacie et ne contient pas des chocolats, selon les familles, ce sont des pensées, des surprises personnalisées, de bonnes actions, des jeux à faire en famille, etc., le tout dans une merveilleuse pochette fabriquée maison, bien sûr! Et qui a pensé ce calendrier? Qui l'a fabriqué? Qui a fait les recherches sur les réseaux sociaux, Pinterest, groupes facebook et cie pour trouver les idées les plus adaptées à sa famille? On laisse ces questions en suspens pour l'instant.

Et ce n'est que le début de toute la féérie des fêtes : on verra bientôt les réseaux sociaux remplis des farces douces et amères de ces bons vieux lutins de Noël qui envahissent les maisons depuis quelques années, sans que l'OMS nous ait informé-e-s de la pandémie. La plus grosse farce des lutins de Noël, selon moi, c'est le patriarcat qu'ils renforcent!

Le rapport entre les lutins et le Père Noël

Les lutins de Noël font désormais concurrence au "vrai" symbole des Fêtes: notre bon vieux Père Noël. Jugé trop commercial, discriminatoire (classiste, en tout cas) et peut-être un peu pédophile, le Père Noël, de même que les visites au Centre commercial pour le voir, ont moins la cote.

Mais le Père Noël et les lutins sont-ils vraiment différents? Physiquement et symboliquement, c'est évident : le premier est gros; le second est élancé; le premier représente la générosité, le don, le plaisir de recevoir des cadeaux; le second, l'humour, les mauvais coups. Ce qui les lie est composé de deux éléments : le mensonge (ben quoi? on s'entend que ce sont des choses inventées par les adultes) et la magie (disons que c'est le beau côté de la médaille du mensonge, on va dire que c'est un mensonge pour des bonnes raisons). 

Le but de cet article n'est pas de traiter de la fameuse question qui occupe bien des groupes de mères à cette époque-ci : est-il bon de mentir aux enfants afin de leur faire croire au Père Noël? Toutes ont leur opinion sur la question basée sur leurs propres expériences infantiles des fêtes ou encore sur une question de principe ou d'éducation alternative : certaines se sont senties trahies en apprenant le subterfuge; d'autres manipulées lorsqu'on a exigé leur obéissance sous peine que le Père Noël ne leur donnerait pas de cadeaux; d'autres enfin conservent des souvenirs impérissables de la magie de Noël et souhaitent faire revivre cette magie à leurs enfants; pour certaines, il est inconcevable de mentir sciemment aux enfants; pour d'autres, il s'agit d'être réaliste; pour d'autres encore, il est inacceptable de "profiter" de la crédulité des enfants et de leur difficulté à reconnaître la réalité de l'imaginaire. Qui sont les grands absents de ces discussions? On va encore une fois laisser la question en suspens.

Parlons de la magie: le travail invisible

En langage féministe, la magie de Noël réfère en fait au travail invisible. "Le travail invisible, non rémunéré, comprend l'ensemble du travail au foyer accompli au sein de la famille et du bénévolat réalisé dans la communauté, quel que soit le statut de la personne: travailleuse ou travailleur au foyer, sur le marché du travail, aux études, ou en recherche d'emploi, retraitées et retraités..." (AFÉAS, 2001). C'est l'une de ses versions les plus nobles et, disons-le, pour plusieurs, les plus excitantes. En effet, concevoir des tours pendables aux enfants pendant qu'ils sont couchés et s'émerveiller avec eux le lendemain en "découvrant" les fourberies du lutin farceur, quel plaisir! Bien mieux que de prendre soin des personnes malades ou d'organiser notre conciliation travail, études et famille!

C'est néanmoins un travail et une attente sociale. C'est un travail nécessaire au bonheur des enfants: c'est le travail de les entourer de douceur et de magie, de les faire rêver, de sortir de l'ordinaire vers l'extraordinaire, de la noirceur de décembre à la lumière des fêtes, de nourrir l'imaginaire et de construire les souvenirs d'enfance qui leur serviront de refuge pour toute la vie lorsqu'ils vivront des moments difficiles.

Ce travail ne se limite pas à Noël, il doit être reproduit à la Saint-Valentin, à Pâques, à l'anniversaire de chaque enfant, à la fête nationale, à l'Action de grâce, à l'Halloween, etc. Mais soyons honnêtes: pour plusieurs, en fonction de notre enfance, de la quantité de temps dont nous disposons ou encore lors de certaines années difficiles, c'est aussi un fardeau. Alors oui, c'est un travail. Mais surtout, c'est un travail qui, par définition, pour rester magique, doit être invisible. Mais invisible jusqu'à quel point? C'est le but de cet article.

A-t-on idée du nombre d'heures que passent les femmes à planifier, à organiser et à réaliser toutes ces tâches invisibles associées à la magie de l'enfance? Juste en conversations facebook et par mon expérience personnelle, on parle de dizaine d'heures chaque année seulement pour Noël, voir une centaine pour les plus motivées. Pour l'ensemble des fêtes de toute l'année, on parle probablement de centaines d'heures que chaque mère investit en travail invisible pour le bonheur et la magie de ses enfants.

Le travail invisible des femmes et la magie visible des personnages masculins

Ma critique féministe n'est pas de demander à ce que les femmes cessent de faire ce merveilleux travail, évidemment! La critique touche deux aspects : le choix des personnages qui représentent cette magie, de même que le partage très inéquitable de ce type de travail invisible au sein du couple, de la famille au sens large et dans la société. Commençons par le premier aspect : l'invisibilisation des femmes dans les symboles de Noël.

Comme la plupart des films qu'on nous présente au cinéma, comme la plupart des séries et des animés populaires pour enfants, Noël représente très majoritairement des personnages masculins : le Père Noël, le lutin farceur, les lutins de Noël qui fabriquent les cadeaux, les anges, les rois mages, l'âne gris et le boeuf, Mère Noël qui fait du thé chaud pour son époux et la fée des glaces ou la fée des étoiles, selon les traditions, dont le rôle est ambigüe (chez nous, elle lisait les étiquettes des cadeaux pour éviter ce travail au Père Noël; Radio-Canada, [2015] parle de symbole de lumière et de jeunesse), Marie, Joseph et Jésus si vous avez encore une crèche sous le sapin. 

Il en va de même des autres fêtes : Pâques avec le lapin; la St-Valentin avec Cupidon. Ah, je vous entends répondre "Mais les rennes, les lutins et le lapin sont asexués, voyons!" Premièrement, tous les rennes ont des noms masculins (saviez-vous, selon wikipédia, que les rennes initiaux étaient en fait 4 femelles et 4 mâles? Avec des caractéristiques très stéréotypées de surcroît). Il en est de même, dans les histoires, pour les lutins. Deuxièmement, il n'est pas rare qu'un personnage qu'on croyait asexué porte toutes les caractéristiques généralement associées au masculin OU qu'il se voit attribuer un sexe a posterio dès lors qu'on choisit d'introduire un personnage plus spécifique, c'est-à-dire un personnage féminin (SVP, lire le sarcasme dans l'emploi du mot "spécifique", c'est plutôt parce que les personnages féminins sont une exception, et elles sont traitées comme telles). Ce fut le cas de Flash McQueen, d'abord une automobile - une auto n'a pas de sexe, voyons! - puis, quand le personnage féminin est arrivé, on a compris qu'ils étaient tous entre gars! On peut penser la même chose de Croc-Mou, ce merveilleux dragon asexué jusqu'à l'arrivée des séries avec des dragonnes... il fallait bien des histoires amoureuses hétéronormatives! Cette obsession des personnages presque entièrement masculins est parfois loufoques : le lapin de Pâques pond des oeufs en chocolat, alors que pondre est une caractéristique essentiellement - par essence - féminine! ou encore les Schtroumpfs n'ont qu'un seul membre pour toute la prochaine génération, et ils seront très limités côté natalité étant donné qu'il n'y a qu'une seule femelle. On ne s'ennuie pas à analyser l'imaginaire débridé du patriarcat!

Nous sommes tellement habituées à ne pas être représentées que nous nous faisons parfois la fée du statu quo. En effet, pourquoi choisir des personnages masculins pour représenter la magie de Noël? Chaque fois que je vois ces lutins de Noël "postés" sur mon fil par des mères-veilleuses, je grince des dents : pourquoi pas une lutine? ou une fée émancipée qui a choisi de faire des farces au lieu de servir le bien?

Ce qui est réellement choquant, ce n'est pas seulement que les femmes mettent des heures de travail invisible à nourrir la magie de Noël, ni seulement  que les personnages de Noël soient presque tous masculins, c'est le fait que ce soit le travail invisible des femmes qui serve à nourrir l'idée que ce sont les personnages masculins - les hommes - qui agissent et qui créent la magie dans le monde. C'est très fort et outrageux comme symbolique. C'est très absurde aussi. Il y a de quoi s'indigner pour tout l'avent! (ce serait une bonne idée, un calendrier d'indignation de l'avent!)  

C'est pour cette raison que je m'oppose fermement au règne patriarcal des lutins et du Père Noël. Je leur préfère les lutines, la fée des glaces toute puissante (parfois méchante, parfois gentille), un Père Noël sans Mère Noël (il peut bien faire son thé tout seul!). Et oui, je chante "Libérée, délivrée" et je célèbre la Reine des Neiges! Dans les histoires que je raconte à mes enfants, je ne me gêne pas pour ébranler ces traditions d'invisibilité des personnages féminins... et je vous encourage à faire de même!

Les fêtes, pas la même charge pour les hommes que pour les femmes

Maintenant, intéressons-nous au second aspect de la critique féministe des lutins farceurs. Si les femmes font une tonne de travail invisible pour rendre les fêtes magiques et merveilleuses: pourquoi ce travail n'est-il pas partagé? 

Que font les hommes pendant que madame coût son calendrier de l'avent et y insère ses pensées soigneusement sélectionnées? Pendant qu'elle écrit à grand-maman en joignant une magnifique photo de son enfant? Pendant qu'elle appelle les marraines et les grands-parents pour coordonner les achats de cadeaux aux enfants? Pendant qu'elle cuisine les douceurs qui s'ajouteront à la table des Fêtes? Pendant qu'elle veille à ce que les enfants ne se goinfrent pas à s'en rendre malade? Bon, je pourrais être de mauvaise foi et répondre : ils se saoulent, les mononcles en profitent pour faire des attouchements et briser le consentement des jeunes filles, certains tolèrent mal l'alcool et deviennent agressifs, d'autres font des blagues homophobes, transphobes, sexistes, voire misogynes, d'autres conduisent en état d'ébriété et causent des accidents, d'autres encore sont simplement absents (tous ces pères désengagés)... mais je ne parlerai pas des pires cas de cette masculinité toxique sur laquelle le féminisme pose un regard optimiste : la masculinité est une construction sociale, tous les hommes ne sont pas des prédateurs sexuels ou des impulsifs irresponsables, c'est une question de socialisation. 

Non, je pose la question en toute franchise : que font les hommes de tout ce temps libéré des tâches associés aux fêtes, tout au long de l'année? Disons que ça explique en partie pourquoi "[c]hez les couples ayant des enfants de quatre ans ou moins, les femmes consacrent quotidiennement 1,2 heure de plus que les hommes aux tâches ménagères et aux soins donnés aux enfants" (Conseil du statut de la femme, 2017). Et ce décompte hautement scientifique n'inclut pas du tout les tâches associées à nourrir la magie chez nos enfants, car on oublie de les considérer comme telles.

Pour répondre à ma question, je pose l'hypothèse que les hommes ont ainsi un peu plus de temps libre que les femmes. Plus de temps pour le sport, pour les jeux vidéos, le "scrollage" de leur facebook, les sorties entre "chum", le travail rémunéré, l'implication dans les sphères à hautes responsabilités (en politique par exemple); toutes des activités pour lesquelles nous savons que les hommes disposent et allouent plus de temps que les femmes. Mais toi, homme, ça ne te choque pas que ta copine ait moins de temps libre que toi?

Ça ne les choque pas, les hommes, que les femmes aient moins de temps libres. En fait, selon une recherche du Centre d'études interdisciplinaire sur le développement de l'enfant et de la famille (CEIDEFF, 2015), ils trouveraient plutôt qu'on en fait trop. C'est assez cliché comme critique : les femmes en font trop, les femmes compliquent tout, les femmes se prennent trop la tête avec des détails, les femmes ne pensent pas assez à elle-même. Bon, on va en prendre (car évidemment, on a été socialisée à penser trop peu à nous-mêmes et c'est un réel problème auquel il faut s'attaquer), et on va en laisser (car les hommes ont été socialisés à penser d'abord à eux-mêmes et c'est un réel problème auquel il faut s'attaquer). Car dans cette même étude, les femmes trouvent que les hommes n'en font pas assez. C'est de bonne guerre!

Ceci dit, souhaitons-nous, collectivement, laissez tomber la féérie de Noël, de Pâques, des anniversaires de nos enfants et des autres fêtes au calendrier? Ces fêtes ne sont-elles pas des jalons de bonheur qui préservent notre santé mentale du rythme industriel de nos vies? 

Je me souviens d'un moment où nous étions assises à la table, ma mère, ma grand-mère et moi, au lendemain de la traditionnelle fête des pères, lendemain où avait lieu la fête de mon aînée. Nous venions de terminer la chasse aux trésors que nous avions planifié in extremis la veille, parce que l'autre party nous avait demandé également beaucoup d'énergie. Et là, j'ai demandé : "comment serait les enfances si les mères ne se chargeaient pas de créer toutes ces activités spéciales, gâteaux, petites attentions pour les enfants, etc. ?" Que resterait-il de la magie de l'enfance si l'apport de nos mères, grands-mères, tantes ou autres femmes en était effacé? Pas grand chose. Il faut le reconnaître, c'est très important, les femmes font un travail incroyable dans les coulisses des événements les plus importants de nos vies et personne ne le reconnaît (sauf à l'occasion d'un rapide hommage pour une fête... ou un décès). Ce n'est pas juste que les femmes en font trop, elles font des tâches essentielles au bonheur des membres de la société, essentielles au sentiment d'appartenance, à la cohésion sociale. Ce n'est vraiment pas rien toutes ces petites pensées, cartes de souhaits, activités, farces de lutin, etc. Ce n'est donc pas juste que les femmes en font trop, c'est que les hommes n'en font pas assez. Et leurs désintérêts pour ce travail invisible de cohésion sociale et de bonheur est très préoccupant.

Hé, mon ami! C'est quand même très cool de penser que tu peux devenir un allié proféministe simplement en réalisant des farces à tes enfants et en utilisant une lutine pour être équitable dans la représentation des personnages féériques! Comme quoi, le féminisme (lire : l'égalité entre les femmes et les hommes), c'est facile et ça peut être amusant!

Je vais faire une pause empathique pour ces hommes qui manquent de temps, qui courent partout pour répondre aux besoins de leur famille - en plus des impératifs sociaux de la masculinité - et qui sont engagés dans leur couple pour le partage équitable des tâches. Ces hommes qui hurlent depuis le début de mon article #NotAllMen ou encore qui mecxplique à leur copine que ce texte est de mauvaise foi et qu'il y a une faute dans le 3e paragraphe qui discrédite tout le reste. 

Ceci dit - et c'est un autre sujet -, il se pourrait que parmi ces hommes, plusieurs aient une perception distordue du temps et de leur implication quotidienne. J'ai moi-même vécu cette expérience dans ma vie privée lorsque j'occupais le même emploi que mon conjoint et que j'ai remis en question le fait que ce soit à moi d'aller et de venir de la garderie tous les jours pour qu'il ait plus de temps pour se préparer. Sa réponse m'avait sciée : il était persuadé que j'enseignais moins de périodes que lui, alors que nous en avions exactement le même nombre (il s'est évidemment rétracté et nous avons abordé la question d'un meilleur partage, mais il est rare que nous ayons les moyens de vérifier notre charge de travail aussi objectivement). En plus de ma petite expérience personnelle qui ne vaut pas plus que ça, certaines études ont démontré que les hommes ont une perception distordue de l'intelligence et des compétences des hommes par rapport aux femmes: ils surestiment systématiquement leurs collègues masculins et sous-estiment leurs collègues féminins (Psychomédia, 2009). Ça se vérifie à l'école; ça se vérifie en recherche (Rossiter, 2003), ça se vérifie même chez les médecins hommes qui sous-estiment les maladies cardiaques quand ils examinent une femme (Louvet, 2018); et ça se vérifie très souvent au quotidien (le sexisme ordinaire et les mecxplications). D'autres études ont montré que les filles et les femmes sous-estiment leurs compétences (Malboeuf et Perreault, 2017) et hésitent à négocier la valeur de leur travail (ce qui explique une partie des inéquités salariales dans les domaines contractuels comme le milieu artistique et la recherche, par exemple). Et comme toute la société s'empresse de féliciter tout homme ayant changé une couche ou nettoyer la vaisselle, pourquoi serait-il fou de postuler que les hommes surestimeraient leur implication au sein de leur famille et qu'ils sous-estimeraient celle de leur partenaire? On va - pour de vrai cette fois - laisser la question en suspens et fermer cette pause semi-empathique pour simplement conclure qu'il y a bien quelques hommes qui font l'exception et qui sont les fés du bonheur de leur logis.

La critique féministe du travail invisible effectué par les femmes au bénéfice de toute la société peut s'étendre jusqu'aux grands-mères qui se dévouent corps et âmes pour recevoir toute la famille chaque année, pendant que leurs garçons se joignent simplement à la fête, apportant péniblement une bouteille de vin sans aucune attention personnalisée à titre de cadeau d'hôte, s'assoyant à la table et attendant de se faire servir comme des garçons bien élevés. Si leur maman leur demande de faire la vaisselle, ils s'exécuteront avec obéissance et recevront leurs remerciements comme il se doit. Mais ils ne feront pas plus. 

Pour Noël, cette année, on va se souhaiter une magie partagée, une féérie où l'apport des femmes est bien visible, à la hauteur de leur investissement (attention, ce sera majoritaire!), des personnages de Noël féministes qui feront rêver nos petites filles et nos petites garçons, de même que nos petits enfants non binaires. Joyeuses fêtes!


Références :
1. De Mer, Emmanuelle. (22 décembre 2015). La fée des étoiles: patronne de la lumière ou symbole de la jeunesse. Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/756542/fee-des-etoiles-origines-sainte-lucie-pere-noel

2. Association féminine d'éducation et d'action sociale (AFÉAS). (2001). Le travail invisible, ça compte! http://bv.cdeacf.ca/CF_PDF/2003_02_0215.pdf

3. Conseil du statut de la femme. (2017). Portrait des Québécoises en 8 temps, dans "Emploi du temps". https://www.csf.gouv.qc.ca/wp-content/uploads/portrait_des_quebecoises_en_8_temps_web_2017.pdf

4. Centre d'études interdisciplinaire sur le développement de l'enfant et de la famille (CEIDEF). (2015). Les cahiers du CEIDEF : Penser la parentalité au Québec, UQTR, cité dans Avenir d'enfants. (2016). Perspectives parents: Un portrait de l'expérience et des besoins des parents d'enfants de 0-5 ans. http://avenirdenfants.org/Media/PDF/Publications/article_syntheseipp_v2.pdf

5. Psychomédia. (2009). Les hommes surestiment leur intelligence, contrairement aux femmes. http://www.psychomedia.qc.ca/fonctionnement-psychologique/2009-12-07/les-hommes-surestiment-leur-intelligence-contrairement-aux-femmes

6. Malboeuf, Marie-Claude et Mathieu Perreault. (2 avril 2017). Égalité hommes-femmes: des idées préconçues dès l'âge de 6 ans, La Presse. https://www.lapresse.ca/vivre/societe/201703/31/01-5084155-egalite-hommes-femmes-des-idees-preconcues-des-6-ans.php

7. Rossiter, Margaret W. (Novembre 2003). L'Effet Mathieu Mathilda en sciences. Open edition. Version originale : « The Matthew Mathilda Effect in Science », Social Studies of Science, SAGE, London, Newbury Park and New Delhi, vol. 23, 1993, p. 325-341. https://journals.openedition.org/cedref/503

8. Louvet, Brice. (2018). Les femmes sont plus susceptibles de mourir d'une crise cardiaque si leur médecin est un homme. Sciencepost. https://sciencepost.fr/2018/08/les-femmes-sont-plus-susceptibles-de-mourir-dune-crise-cardiaque-si-leur-medecin-est-un-homme/





dimanche 2 avril 2017

Un producteur musical de Québec reçoit des menaces de féministes alors qu'il prône la diversité des genres

Depuis que le merveilleux groupe satirique Black Taboo est à l'affiche au Bar l'Anti à Québec, le producteur  Karl-Emmanuel Picard vit dans la peur. "J’ai reçu des menaces via les réseaux sociaux." De fait, de nombreuses féministes frustrées et [ajoutez l'insulte sexiste de votre choix, idéalement en lien avec la sexualité des femmes ← eurk, dégueu, je sais, vite réfugions-nous dans la porn - vous pouvez aussi vous inspirer à partir de celles proposées ci-après] ont proféré des menaces à son encontre afin de le forcer à annuler le spectacle.

"J’ai reçu des menaces 
via les réseaux sociaux." 
- Karl-Emmanuel Picard, 
producteur de l'Anti

Il est vrai que les féministes y sont allées vraiment fort avec des propos contenant menaces, agressivité et dénigrement des hommes :







Oui, moi aussi, j'ai des frissons de terreur en lisant ceci et je crains pour la sécurité de Picard! Comment les féministes peuvent-elles répandre ainsi le désordre et le chaos dans le cœur des Hommes ?

Malgré tout, bravant l'adversité, Karl-Emmanuel Picard refila son numéro de téléphone à toutes les intéressées. "[A]ppelle moi 418-265-1919. Merci. Karl" Il voulait parler. Il souhaitait un débat sain. 

Les fans de la place l'ont compris et ont rapidement entamé le dialogue sur les réseaux sociaux : 

 









 

Bien sûr, il ne faut pas prendre ceci au pied de la lettre! Comme les textes poétiques riches de Black Taboo, ce sont des phrases à prendre au second degré! Où est le dépassement du premier degré? Je ne sais pas... mais puisqu'ils le disent et qu'ils sont si nombreux et agressifs... !

Incapable de dormir, Karl-Emmanuel Picard chercha désespérément à comprendre les critiques des féministes. Comme plusieurs fans l'ont expliqué sur la page facebook de l'Anti, c'était pourtant très simple à comprendre : les féministes ne voient pas le second degré des paroles hautement poétiques de ces virtuoses du rap que sont les membres de Black Taboo. Aussi, quand elles entendent ceci :  
  • «Envoye la féministe viens icitte m'as t'percer», «Moi quand j'entends arrête cé l'temps d'continuer/La dick entre les chicklets vas-tu toute avaler »;
elles comprennent cela :
  • «Envoye la féministe viens icitte m'as t'percer», «Moi quand j'entends arrête cé l'temps d'continuer/La dick entre les chicklets vas-tu toute avaler ».
Probablement que leurs fans aussi, d'ailleurs... car c'est ce qu'ils ont immédiatement lancé aux féministes face aux critiques de celles-ci... et cela semblait être des menaces et des appels au viol. Enfin, on ne sait plus s'il y a plusieurs degrés de sens... 7... peut-être plus.

Non content de cette interprétation limpide, Picard chercha le sens ailleurs (c'est-à-dire dans l'océan des clichés antiféministes) : EURÊKA ! J'AI COMPRIS ! CES FEMMES DÉTESTENT LES HOMMES ! Ainsi, en homme de solution, il proposa : 


De fait, son objectif était de promouvoir la diversité des genres musicaux... un concept généralement cher aux féministes. Quelle déception pour lui : la diversité ne signifie pas de mettre à l'affiche des groupes misogynes, des groupes non misogynes et des groupes de filles. Dommage. La vie pourrait être si simple si on appartenait toutes au groupe privilégié des hommes blancs, n'est-ce pas? On rirait ensemble de la culture du viol! On serait peut-être amis?

Les féministes n'étaient toujours pas contentes. Elles sont allées manifestées devant le bar au début du spectacle malgré les menaces des fans et malgré leurs attitudes méprisantes et misogynes.




Vidéo : Frédérique Paule, https://www.youtube.com/watch?v=WOTvdiQ3MmY

Heureusement, les disciples de Black Taboo sont là pour protéger la misogynie, leur bar et leur groupe chouchou. En véritable de chevaliers de la culture du viol, ils ont répondu avec promptitude et intempérance aux diffamations féministes, garantissant à la culture machiste encore de bien longues années.



Vidéo de courtoisie : https://vimeo.com/211229893

Ils ont par ailleurs été nombreux à donner 5 étoiles à la page facebook du bar. Les conséquences de ces événements sont faciles à percevoir : plus de macho à l'Anti et plus aucune féministe ou proféministe. On s'ennuie de l'AgitéE...

Cependant, les féministes veillent. Au nom de l'égalité entre les sexes et de la sécurité des femmes (la culture du consentement), elles ont frappé ce samedi et elles frapperont encore.

Bravo à mes camarades féministes.
Honte aux violeurs et à leur supporteurs et supportrices!
Honte à tous ceux et celles qui ont proféré des insultes sexistes... ça rejaillit sur toutes les femmes (leur mère, leur soeur, leur fille, leur amie).



samedi 26 décembre 2015

L'Osti de jeu, la culture du viol, le marketing des fêtes et le privilège des hommes québécois

L'Osti de jeu encourageait la culture du viol, la répandait joyeusement sous un air de fête dans les partys de Noël québécois jusqu'à... prochainement, janvier 2016. Après que Jinny Mailhot, une femme de Sherbrooke ait envoyé une lettre à la compagnie pour dénoncer la culture du viol représentée par trois (3) des cartes du jeu, le fabricant accepte de les retirer.

Sur lesdites cartes, on peut lire (couvrez-vous les yeux : culture du viol) :
- Jamais trop jeune, juste trop étroite
- Une ruelle idéale pour un viol
- Un viol de groupe

Ce sont des cartes réponses, c'est supposé répondre de la façon la plus drôle à une carte noire. Un peu comme le jeu super drôle auquel on jouait (sans avoir à acheter quoi que ce soit) une fois les enfants couchés qui consistait à écrire des segments humoristiques (généralement salés) puis leur réponse en les lisant ensuite de façon désordonnée par le hasard. Les combinaisons étaient souvent hilarantes!

Humour québécois macho nouvelle génération

Évidemment, l'humour grossophobe et sexiste se trouve sur d'autres cartes, moins condamnables, tout près de l'humour pipi-caca de notre enfance qui nous fait encore rigoler. Le tout fait clairement hommes québécois "ironiquement macho", blaguant sur leur mère mais n'osant plus sur leur blonde parce que c'est "passé date" plutôt que proféministe, ça fait "mononcle" et ça paraît mal. C'est d'une autre génération d'humour macho. Pas étonnant, ce sont quatre hommes qui sont propriétaires! C'est leur privilège d'hommes québécois de ne pas voir de problème dans des segments pro-viols, pro-pédocriminels ou sexistes! J'aimerais être aussi imbécile heureuse! ... si c'était sans conséquence!

Ce ne sera pas pour ce Noël-ci, par contre. 

Ils n'ont pas pu stopper la production à temps. Bien qu'ils aient été interpellés, selon leurs dires, "il y a quelques mois"; bien que des féministes aient dénoncé les cartes très problématiques déjà l'an dernier, bien que la nouvelle production ait été lancée en novembre, bien que la teneur des cartes est si inacceptable qu'elle aurait valu d'ouvrir tous les jeux pour les détruire avant livraison, bien que, bien que... Ben non! C'est pas SI important. À la limite, selon des internautes sur leur page, retirer les cartes équivaut à censurer (toujours cet argument vide!). Mais pourquoi les producteurs du jeu ne les ont pas retirés?

« On est probablement parmi les meilleurs vendeurs cette année », se félicite Joël Gagnon, copropriétaire du Randolph Pub Ludique et directeur de projet pour L’osti d’jeu, à Montréal, dans un reportage de TVA.

Je ne vais pas les féliciter. 

On ne doit pas applaudir une compagnie qui fait marche arrière une fois leur produit critiqué pour des propos qui sont objectivement inacceptables, pédocriminels et sexistes.

Contrairement à certaines de mes amies féministes et aux près de 400 personnes qui ont "liké" la publication des propriétaires du jeu à ce sujet sur leur mur facebook, je ne vais pas les féliciter, franchement!

On ne va pas féliciter un fabricant qui fait un jeu de société destiné aux hommes (les agresseurs dans 99 % des cas), avec le langage des dominants, contre les victimes d'agressions sexuelles (des femmes et des filles dans 82 % des cas, un homme sur 6 et une femme sur 3 dans la population générale) alors que ce jeu sera joué dans les partys de famille, un contexte propice aux agressions sexuelles (85 % des agressions sexuelles sont commises par une personne connue de la victime).

On ne va pas les applaudir alors que l'un des segments est pro-pédocriminels (le mot pédocriminel remplace le mot pédophile qui, par son étymologie -phile = aime/ami, était une banalisation des agressions sexuelles commises sur des enfants), quand on sait que les 2/3 des agressions sexuelles sont commises sur des moins de 18 ans! (sources ici)

Soyons honnêtes, comme on dit! Soyons honnêtes! C'est dégueulasse!

Joël Gagnon (interpellation directe du directeur du jeu), je ne peux pas croire qu'il y a des fabricants de jeux de société qui ont trouvé drôle d'écrire "Jamais trop jeune, juste trop étroite" sur une carte de jeu. L'enfant violé à qui on a déchiré ses parties sexuelles va-t-il la rire? Celle qui a été blessée, irritée, meurtrie, même consentante? Qui la trouve drôle pour de vrai? Votre équipe? Sans joke?!

Pourquoi enseigne-t-on, implicitement, aux hommes que de blesser-avec-un-pénis est drôle? que de faire saigner une fille lors d'une "première" pénétration est normal? Ou bien c'est ce que votre équipe croit?

À quel degré d'objectivation des filles et des femmes est-on rendu quand on peut croire/affirmer qu'être "juste trop étroite" cause un problème à l'homme en premier lieu?

Et le segment "jamais trop jeune", je n'en parle même pas... il me donne le goût de vomir.
‪#‎voleurdenfance‬ ‪#‎pédocriminel‬ ‪#‎sociétépédo‬


Sans compter de l'effet de banalisation qu'ont les "jokes de viol". Les jeunes (ben oui, c'est interdit aux enfants, mais les grands-jeunes seront présents!) voient les mononcles rire du segment pro-viol et pro-pédocriminel, les matantes sont mal à l'aise mais se taisent parce qu'elles ont elles-même été socialisées dans cette culture du viol et les victimes sentent leurs tripes se tordre de douleur à cette nouvelle agression. Les garçons intériorisent que c'est drôle, que le viol est si irréel, que ce n'est pas menaçant pour eux; les filles intériorisent la menace sous-jacente qui leur est faite. Et hop! On socialise à la culture du viol!

Bref, je ne vais ni les applaudir, encore moins acheter leur jeu modifié, ni même mettre un lien vers leur page ou leur site sur mon blogue. Depuis quand être "moins dégueulasse" est-il digne de félicitations? Depuis quand on tape sur l'épaule de celui qui a fait mal à l'autre et qui ensuite "retire son geste" en s'excusant? Depuis quand on leur fait de la pub?

Parce que, après tout, c'est québécois? Ça sent la chemise carreautée et la ceinture fléchée?
Pis celles qui font les tartes, servent le buffet, débarbouillent et couchent les enfants, elles ont-tu le droit d'appartenir à la culture québécoise aussi même si on n'a aucun symbole pour elles, aucune référence culturelle non-sexiste?

La personne qu'il faut féliciter, c'est Jinny Mailhot et son initiative de dénonciation de la culture du viol. C'est elle qu'il faut féliciter :
FÉLICITATIONS!




vendredi 20 novembre 2015

Ma carte de souhaits occidentale en cette journée internationale des droits des enfants

Journée internationale des droits des enfants aujourd'hui. C'est une journée tellement importante pour souligner les droits des enfants de la Convention relative aux droits de l'enfant adoptée par l'ONU le 20 novembre 1989 et que nous soulignons chaque année à cette même date.

Dans ma carte de souhaits occidentale :

  • que les enfants soient partout les bienvenus et que, conséquemment, les lieux soient adaptés à leur présence (un banc sous chaque lavabo dans les toilettes publiques pour qu'ils puissent se laver les mains et que maman ne se blesse pas le dos!);
  • que le 5-10-15, cette soit-disant pratique éducative du sommeil de l'enfant fortement encouragée par une "spécialiste" du sommeil des bébés qui n'a en réalité aucune formation universitaire dans ce domaine, soit considéré comme une pratique de négligence qui nuit au bien-être et au développement des bébés (bien sûr, c'est la pratique qui est ciblée et non pas le fait de laisser pleurer un bébé, à certains moments précis, parce qu'aucune autre option n'est réalistement ou humainement possible -- on comprend, certes, que cette situation puisse arriver, même dans les foyers les plus bienveillants);
  • que des rampes d'accès soient obligatoires dans tous les commerces et endroits publics (pour les poussettes et personnes à mobilité réduite!);
  • que tous les adultes se sentent responsables du bien-être de tous les enfants qu'ils côtoient (Article 19 – Le droit d’être protégé contre les mauvais traitements);
  • que les compagnies qui commercialisent les voitures incluent des bancs d'auto sécuritaires et durables dans tous leurs modèles;
  • que tous les parents puissent trouver dans leur entourage des personnes-ressources pour répondre aux besoins de leurs enfants et éviter des situations de négligence par incapacité temporaire du ou des parents responsables;
  • que Hydro-Québec, une entreprise d'état qui NOUS APPARTIENT, n'ait plus le droit de couper l'électricité dans les foyers où vivent des enfants ou tout autre personne vulnérable; 50 000 foyers sont coupés d'électricité entre le 1er avril et le 1er décembre : imaginez de ne pas pouvoir chauffer votre maison/appart en ce moment! de ne plus pouvoir réfrigérer votre nourriture! de perdre toutes vos réserves du congélateur! de ne plus avoir l'eau chaude pour vous laver! de ne plus pouvoir compter sur votre poêle pour cuisiner! et c'est encore pire depuis l'installation des "compteurs intelligents" qui facilitent encore plus ces coupures (Article 27 – Le droit à un niveau de vie correct / Article 37 – Le droit à la protection contre la torture et la privation de liberté);
  • que tout enfant ait accès à la nourriture et aux vêtements dont il a besoin, sans égard au revenu de ses parents, à leur occupation ou autres considérations économiques fondées sur le travail salarié et la méritocratie; corollairement, que tout discours voulant que la nourriture se mérite ou qu'elle se gagne soit considéré comme un discours haineux;
  • que tout type de discours haineux propagé dans l'espace public, qu'il touche directement un enfant (on pense à "l'humour" douteux de Mike Ward et ses supporters) ou qu'il touche une catégorie de personnes (prestataires d'aide-sociale par ex., je pense au contenu du rapport Payette contre les radios-poubelles) soit sévèrement puni et immédiatement censuré (oui, la censure dans ces cas-là, car on peut TOUT DIRE avec respect), car cette violence FINIT TOUJOURS PAR SE RENDRE AUX OREILLES DES ENFANTS qui appartiennent ou qui descendent de ces catégories de personnes ou des personnes elles-mêmes, soit par les médias que les enfants consomment également, soit par leurs pairs à l'école ou ailleurs.

On pense souvent aux droits des enfants qui vivent dans des conditions extrêmes comme les réfugiés, les habitants des pays en guerre, des pays pauvres, les enfants-soldats, etc., mais on oublie ceux du "quart-monde" qui sont pourtant les plus près de nous.

Il y aurait certainement d'autres souhaits à faire, je vous invite à me faire des suggestions et nous compléterons cette carte de souhaits ensemble!

lundi 9 mars 2015

Tu es enceinte? Quelle bonne nouvelle ! - Et si ça n'en était pas une?

Les grossesses non-désirées : un vilain tabou... non! un déni complet!

Il existe un espèce de consensus social hypocrite autour de la grossesse : c'est TOUJOURS une bonne nouvelle! Ainsi, si une femme annonce qu'elle est enceinte, on lui répond d'emblée : "Félicitations!" ou "Je suis super contente pour toi!" ou encore "Quelle bonne nouvelle!". Un peu comme, quand une personne nous annonce un décès dans sa famille, on fait une face triste et on articule un "je suis désolée" ou "mes sympathies" ou encore "je t'offre mes condoléances". Dans les deux cas, on présuppose des choses dont on ne sait rien. Pour certaines personnes, la mort d'un proche est un soulagement : la personne souffrait (maladie, perte d'autonomie) ou la personne a causé d'énormes souffrances à ces proches (abus, manipulation, violence). Pour certaines femmes enceintes, la grossesse n'a rien de réjouissant... et les sentiments envers le bébé à venir peuvent être ambivalents.

Pourquoi ne pas simplement demander : "Tu es enceinte? Comment te sens-tu?" et attendre que la personne réponde : "Je suis tellement contente!" ou "Je ne sais pas trop, je ne m'y attendais pas" ou encore "ben, je suis pas certaine que je vais poursuivre...".

Vivre une grossesse non-désirée nous met en face de ce consensus hypocrite et révèle aussi ses failles. Il s'en suit, à chaque annonce du pourquoi je dois manger maintenant ou pourquoi je m'éloigne et me couvre le nez, que les gens réagissent en me félicitant, ce qui crée un grand malaise. Puis j'explique que je vis une grossesse non-désirée et que c'est difficile vu que je suis très malade enceinte. Les gens me regardent alors généralement avec un profond étonnement, comme si j'étais anormale, alors que je suis si sincère!

Trois choses ici :
  1. On fait semblant que les grossesses sont toujours prévues et toujours désirées. On se dit que, même si ce n'est pas le cas pour toutes les femmes, ce doit être le cas de la majorité, aujourd'hui, alors que la contraception existe et que l'avortement, en cas de "problème" est possible. On ignore superbement la réalité de la maternité! On joue les Hommes civilisés qui contrôlent la nature!
  2. On fait semblant que les grossesses sont faciles et que les "petits" désagréments sont vite oubliés, alors que les grossesses ont de multiples impacts et laissent des séquelles à long terme. Faciles pour certaines femmes, elles sont à peu près toujours exigeantes... et pour certaines, carrément invalidantes.
  3. On fait semblant que la société fournit les aménagements et dédommagements nécessaires pour les vivre dans la joie. On nie le fait que la société sanctionne sévèrement la maternité de plusieurs manières.
Bref, on nie l'exclusion et l'isolement vécus par les femmes, les nombreuses atteintes à leur liberté, la perte de leur autonomie et de leur indépendance ainsi que les conséquences négatives à court, moyen et long termes. De plus, on empêche les femmes d'exprimer leur mécontentement ou même simplement de constater ces faits comme étant réels dans notre société patriarcale.

Il s'agit, par ce simple "félicitations, quelle bonne nouvelle!" de l'imposition d'une double contrainte : tu dois être contente d'être enceinte parce que porter la vie est une chose merveilleuse (c'est écrit dans le ciel du patriarcat), et, tu ne dois pas te rendre compte que ça te désavantage beaucoup et pour toujours dans l'organisation du monde actuel.

On rappelle même, gentiment, aux femmes enceintes, que tous ces petits maux ne valent rien comparé au fait de mettre au monde un beau bébé en santé (dit avec le plus beau des sourires Crest - ce qui est le corollaire du "le plus important est que ton bébé soit en santé" rappelé à une femme ayant accouché qui se plaindrait qu'on lui a charcuté le corps et qu'on lui a retiré toute sa dignité lors de son accouchement).

Mythe # 1 : la grossesse est, le plus souvent, désirée et planifiée.


Selon des estimations, 40 % des grossesses seraient imprévues au Canada. C'est presque la moitié des grossesses! De ce nombre, la moitié conduira à une interruption volontaire de grossesse (avortement) et l'autre moitié sera menée à terme et conduira à un bébé.

Pourtant, on n'entend rarement une femme dire : c'est une grossesse imprévue. Bon, en fait oui, je l'ai entendu, dans des discussions intimes entre femmes. Mais un couple annonçant la venue d'un enfant en disant que "c'était une surprise"? Non, jamais.

Pis encore, on n'entendra jamais une femme annoncer sa grossesse en disant : "Je compte l'interrompre, je ne souhaite pas avoir un enfant [ajouter la raison de votre choix : maintenant, avec lui, sans conjoint-e, dans ce contexte, vu mes projets actuels, etc.]". L'avortement est si tabou! On sait que pour 100 naissances, il y a 29 avortements au Canada. Mais faudrait surtout pas le dire. En gros, ça veut dire que pas mal de femmes en ont vécu. Qui en parle? Ouvertement? Même plus de 40 ans après le Manifeste des 343 femmes qui avaient osé dire ouvertement, en 1971, qu'elles s'étaient faites avorter pour réclamer une dépénalisation et une légalisation de l'avortement sécuritaire et accessible!

On fait un terrible déni sur le contrôle de notre sexualité et de notre fertilité. On fait semblant que les méthodes de contraception actuelles, TOUTES centrées sur le corps de la femme dans le cas des méthodes chimiques/hormonales - la femme qui n'est fertile que 24 à 48 h par mois, contrairement aux hommes qui sont fertiles 100 % du temps - sont infaillibles. Pourtant, des fiabilités entre 80 % et 99 % selon les différents contraceptifs, ça en fait pas mal qui tomberont enceintes malgré leurs précautions! et pas mal d'hommes qui vont procréer sans l'avoir voulu!

De son côté, l'homme qui ne souhaite pas d'enfant (pour l'instant ou pour de bon) est pas mal limité dans ses choix : il n'existe que la capote! Tant pis si tu aimes les rapports "au naturel"... tu vas devoir te fier sur une autre personne pour t'assurer de ne pas procréer... ou alors aller vers une méthode finale comme la vasectomie. Parce que si l'homme procrée, il ne lui appartient pas le choix de poursuivre ou non la grossesse (et les raisons en sont légitimes, malgré un article masculiniste épouvantable sur la "paternité imposée" sur Wikipédia, dont l'auteur mascu crie au complot féministe et nie le droit des femmes de disposer librement de leur corps, même une fois enceintes!). Il semble pourtant que les hommes (qui développent les contraceptifs) ne s'en préoccupent pas trop. Est-ce parce que, de toute façon, ils peuvent encore trouver des façons de ne pas payer pour l'enfant, de ne pas se faire reconnaître comme père ni d'en prendre soin? Anyway, sur le fond, je suis d'accord : le spectre des possibilités en matière de contraception masculine est médiocre et retire aux hommes leur responsabilité face à la conception d'un enfant, face à leur rôle de géniteur.

Cette situation est inacceptable, mais elle continue de prévaloir : la responsabilité de la contraception incombe à la femme ainsi que les conséquences sur sa santé et son corps (voir les multiples risques des différentes méthodes de contraception ici ou ici; en général, les sites d'information ne parlent que de l'efficacité contraceptive sans nommer les risques, ce qui est une désinformation outrageuse!).

Une fois que la femme choisit de poursuivre sa grossesse, elle est réputée désirer l'enfant et être heureuse de son état / de la situation. On peut donc lui lancer un "félicitations" en toute ignorance de cause!

Conséquemment, on devrait toutes être contentes d'être enceintes, puisque c'est toujours un choix!

En vérité, on n'imagine pas une grossesse non-désirée. On est incapable de le faire. On imagine une grosse imprévue ou surprise, mais une grossesse que la femme choisit de poursuivre même si elle ne l'a pas désirée? Impossible! L'avortement existe!

Fait-on semblant que l'avortement est un choix facile? Même si on sait tout le tabou dont il est entouré, même si on sait que l'on vit dans une société dont les valeurs judéo-chrétiennes autour de la vie prévalent encore, même si on a entendu les discours pro-vie scandalisés, complètement dénués d'une analyse sociologique et encore moins féministe sur le sort funeste des enfants dont on a forcé la naissance et sur celui des femmes dont on force le corps à poursuivre malgré tout une grossesse non-désirée? Non, on sait que l'avortement est un choix souvent difficile, mal accompagné, tabou, une expérience réduite au silence et aux jugements.

Pourquoi faire semblant que toutes les femmes pourront ou voudront y avoir recours en cas de grossesses non-désirées? Pourquoi ce déni de la réalité de la naissance : la vie fait souvent son chemin malgré nous, malgré tout! Nous sommes des êtres de nature qui ne contrôlons pas nos corps! On joue tellement à la société civilisée et avancée! C'est d'un grotesque ridicule! Pourtant, c'est en faisant ce geste animal (parfois bestial) millénaire de l'accouplement que la plupart d'entre nous se reproduise!


Mais nous, les humains, on veut faire semblant qu'on n'est pas des animaux. Nous, on planifie, on organise, on contrôle. Il est commun d'entendre dire : "On s'essaie pour un bébé, là". J'ai envie de dire que ces couples représentent plutôt la proportion de couples moins fertiles qui auront peut-être besoin de soutien médical pour la procréation, mais je n'ai pas de données pour appuyer cette hypothèse. Je la laisse donc telle quelle. Cette représentation du couple fondant une famille est valorisée : ce sont les couples "à leur affaire". Ceux qui prévoient. Ceux qui sont en contrôle.

D'un autre côté, si on annonce une grossesse alors qu'on n'a pas réuni les conditions jugées idéales pour l'éducation des enfants - un couple stable, une maison, les études terminées -, on se fait demander : "Est-ce que c'était prévu?". Façon amicale de demander si c'est un "accident". Et être un "accident" est quelque chose supposé comme négatif. Ça sous-entend qu'on n'a pas désiré l'enfant, parce qu'on n'a pas eu l'occasion de cibler notre jour d'ovulation pour avoir un rapport sexuel de conception prévu. Mais en quoi "tomber" enceinte est-il négatif?

Là, ça devient carrément ironique! Tu tombes enceinte sans le vouloir : c'est toujours négatif. Tu annonces ta grossesse : c'est toujours positif. Au moins, soyez cohérent-e-s! Et ma vision toute personnelle de ce qui se passe dans mon corps? Aucune place.

Une femme doit-elle se sentir coupable de sa fertilité? ou de sa sexualité active? J'ai entendu des commentaires parfois si peu empathiques pour celles qui vivent une grossesse non-désirée. "Dire qu'une telle est enceinte et qu'elle n'est pas contente alors que moi, c'est tout ce que je voudrais!". Postuler que toute personne réagira de la même manière dans des contextes très très différents (grossesses non-désirée versus difficultés reproductives) est une réaction de jalousie puérile et, pour la personne visée, un déni de son vécu négatif par rapport à la grossesse. C'est presque mesquin... ou alors, c'est d'une immaturité déconcertante! (et pourquoi on se fait ça, entre femmes, déjà?)

En même temps, comme on est supposée être contente de porter la vie (ou le désirer ardemment si le projet n'est pas possible maintenant), la personne qui se fera le plus juger ne sera pas celle qui désire devenir mère... mais celle qui le refuse. La fausse-femme qui ne respecte pas son destin biologique et qui se permet d'avoir une sexualité hétérosexuelle (de s'exposer aux risques). La déjà-assez-mère qui n'en veut plus un autre : elle "devrait laisser la chance aux autres" (commentaire déjà entendu - comme si les bébés conçus de façon non-désirée étaient retirés de l'utérus des mères qui les désiraient! - comme si la femme avait voulu en priver une autre en vivant cette situation qu'elle ne veut pas vivre!).

Mythe # 2 : Les petits désagréments de la grossesse sont vites oubliés

Celui-ci me fait grincer des dents. Non seulement il est le plus souvent dit par des femmes à d'autres femmes (mais il est aussi écrit dans les livres sur la grossesse et représenté dans les médias ainsi que dans la production culturelle, laquelle est surtout le fait d'hommes), mais il est dit comme une obligation au silence ou comme un déni. Si on se plaint, on est classée parmi les frustrées de la maternité, même lorsqu'on la vit, somme toute, positivement. Ces monstres qui ne savent pas apprécier ou, petite pointe, qui n'étaient peut-être pas faites pour vivre la maternité (sous-entendu qu'elles ne correspondent pas à la féminité, que ce ne sont pas de vraies femmes - en plus, elles doivent être féministes!). C'est le corollaire du "si j'ai mis des enfants au monde, c'était pour m'en occuper", souvent entendu pour critiquer ces égoïstes de mères qui osent envoyer leur enfant à la garderie (peu importe le contexte qui justifie ce choix et les différences socio-économiques qui permettent aux unes de se libérer du temps et qui ne le permet pas aux autres).

À tel point que, quand une femme vit une première grossesse, il n'est pas rare de l'entendre constater : "Je ne savais pas du tout que c'était ça être enceinte... je n'imaginais pas autant de changements en moi, autant d'énergie à donner, autant de sacrifices". Ben oui, il existe une espèce d'habitude sociétale dont le but est de taire les réalités de la grossesse.

Les livres de puéricultures, dans les chapitres traitant de la grossesse, emploient des termes qui minimisent la réalité : "petits maux de grossesse", "certaines femmes ont des nausées, il suffit généralement de manger un peu avant de se lever pour les calmer", "reposez-vous le plus possible, lors d'une pause au travail ou en rentrant le soir à la maison", "demandez à votre conjoint de vous aider avec les tâches ménagères" (que vous ne partagiez pas encore, bien sûr!). On peut en lire partout sur les sites traitant de la grossesse : "La grossesse est un moment de bonheur, mais elle est quelquefois gâchée par des petits tracas" (Auféminin.ca - il y a l'impératif d'être heureuse et l'atténuation de la réalité). "Les nausées, si elles se manifestent, interviennent principalement au 1er trimestre de la grossesse et disparaissent au plus tard à la fin du 3ème mois" (PasseportSanté.net - les nausées disparaissent pour toutes les femmes! tant pis pour les nombreuses anormales qui dépassent ce délai!). En atténuant ainsi le vécu de la grossesse et toute son exigence physique et mentale, on nous fait passer pour des folles puisque nos réactions ne peuvent qu'être disproportionnées si la réalité correspond à ce qu'"ils" disent! 

Je préfère nettement ceci : "Si votre partenaire, un membre de votre famille ou une amie souffre de nausées, voici ce que vous pouvez faire pour l’aider : Les nausées ne font pas partie de son imagination. Elles sont réelles, désagréables et très courantes chez les femmes enceintes. Les
nausées touchent 85 % des femmes" (MotherRisk.org).

De fait, plusieurs discours psychologisent les symptômes négatifs ou difficiles de la grossesse. J'en ai entendu dans mon entourage, mais également chez des professionnel-le-s de la santé. "Rejet inconscient du bébé", "Non-acceptation de la grossesse", "Non-acceptation de sa féminité", comme si c'était toujours de la faute de la femme! Personne ne penserait à psychologiser une gastro... C'est un affront épouvantable à l'intelligence en plus de nier le vécu de la femme enceinte et de lui refuser l'empathie qu'on donnerait à toute personne souffrant de nausées et vomissements. "Les personnes qui souffrent de nausées et de vomissements se sentent toujours très mal, même sans être enceintes. Malheureusement, il est possible que certaines personnes ne prennent pas votre état au sérieux. Cela peut entraîner un sentiment de colère et d’isolement." (MotherRisk).

On nous place un peu dans un contexte de performance : on doit réussir sa grossesse... et réussir, ça veut dire avoir l'air épanouie comme jamais. Parce que c'est bien connu, la grossesse rend lumineuse : le teint, les cheveux, les ongles! Quelle joie! Entre deux nausées, je regarde mes ongles et je me sens si heureuse! (lisez le sarcasme).


Rares sont les livres ou les sites qui mentionnent des chiffres basés sur la recherche. De toute façon, on est trop concombres, nous, les femmes enceintes, pour comprendre les pourcentages. Et puis, la grossesse, c'est si merveilleux! Pourquoi s'empêtrer dans la recherche et les chiffres compliqués?

Tout le monde me répète que les nausées devraient cesser bientôt... à une quatrième grossesse et rendu à 33 semaines, vous souhaitez toujours vous rabattre sur des croyances plutôt que sur l'expérience que j'en ai? À combien de grossesses, je deviens crédible pour parler de moi-même et de comment je vis la maternité dans mon corps? (oui, le ton est irrité)

Au cinéma et à la télé, comme ce monde appartient surtout à des hommes, c'est leur imaginaire ou leur vision de la grossesse qu'ils mettent en avant-plan : vision sexiste de surcroît. Ainsi, ils ridiculisent la maternité : affaire de caprices, les difficultés à s'alimenter enceinte sont tellement drôles! La femme a des envies soudaines, on dirait qu'elle est hystérique! Ses émotions sont à fleur de peau, elle s'émeut devant rien (comme si d'énormes changements dans sa vie et dans son corps n'étaient pas en train d'avoir lieu...). Les envies de vomir sont soudaines et un simple aller à la salle de bain suffit à tout remettre en place. Ils n'ont jamais eu à dealer avec des heures de nausées durant lesquelles chaque petite odeur peut à tout moment faire remonter le maigre repas qu'on a réussi à avaler! Ils n'ont jamais vu des yeux entourés de petites veines brisées à force de vomir... C'est si cute, une femme enceinte (dans le sens de petit chien à froufrou ridicule)! Et ça accouche toujours en perdant les eaux dans un endroit inattendu, en hurlant ensuite dans un taxi pour aller à l'hôpital et en grognant 2 minutes, couchée sur le dos, pour finalement que le médecin sorte le bébé en annonçant le sexe et que le père, toujours personnage principal des films/séries, fasse quelque chose de loufoque et de généralement immature (qu'il n'exprime pas d'émotions, surtout).

Notre culture a de quoi nier la condition des femmes, en particulier des mères et en particulier des femmes enceintes. Notre culture a de quoi mal nous préparer à ce rôle. En conséquence, une femme qui vit des maux qu'elles ne jugent pas "petits" se sent anormale. Une femme qui n'est pas épanouie, enceinte, se sent anormale.

Maintenant que je parle ouvertement de mon vécu négatif enceinte, plusieurs femmes me disent "moi non plus, je n'ai pas aimé être enceinte". Les autres nous perçoivent aussi comme anormales et tentent à tout prix de trouver la solution miracle qui nous fera vivre notre grossesse conformément à ce qui doit être (à ce qui est prévu dans nos croyances négationnistes patriarcales!). La maternité, c'est un acte si naturel, que c'est forcément facile! Et comme ce sont les femmes qui le font, c'est sûr que c'est super facile! Autant que s'occuper d'enfants, tout le monde peut le faire! (croyances sexistes très répandues et fondées généralement sur l'ignorance et sur les mythes)

Surtout, être cette femme enceinte heureuse et épanouie! 11e commandement. Surtout, ne pas avoir l'air d'être en train de fabriquer un bébé avec toute l'énergie et les inconforts que ça commande. 12e commandement. Surtout, rester productive (commandement capitaliste machiste, puisque la maternité est une forme de production). Une mine d'or pour les compagnies pharmaceutiques dont les produits sont destinées aux femmes enceintes!

Enfin, j'ai traité surtout de nausées, mais j'aurais pu parler des "souvenirs" de la maternité laissés sur le corps : peau d'orange, vergetures, modification de l'aspect des seins, déchirure/s de la vulve, parfois du périnée, incontinence et/ou rééducation périnéale (à nos frais). Ces souvenirs ne sont pas tous négatifs. Ce sont des traces de la maternité que beaucoup de femmes conservent et que la société photoshope et cache pour entretenir une image de femme-jouvencelle peu importe son âge et son vécu (et dont Airoldi se fait un devoir de soumettre à l'inquisition).

Certaines femmes vivent avec des corps et des expériences de blessures à la suite d'une grossesse qui leur demandent de faire un processus de guérison ou de vivre un deuil : épisiotomie, non-respect de l'intégrité et de la dignité par le personnel soignant, infantilisation au moment de l'accouchement, interventions inutiles ou trop empressées, interventions sans consentement, déchirures profondes, etc.

Mais on est supposée tout oublier après avoir reçu le bébé dans nos bras, comme on est bêtes! Pourtant, ça m'a pris 2 ans pour me remettre de mon premier accouchement tant j'étais comme un animal blessé à la suite de la dépossession de mon corps et de mes moyens que j'y ai vécue et de ma confiance brisée dans mes capacités de femme. En me remémorant le contexte, je me suis pardonnée et j'ai compris que j'ai alors fait de mon mieux.

Comme la société ne reconnaît ni l'étendue ni la diversité des réalités de la grossesse, comment y serait-elle accueillante et adaptée??? IMPOSSIBLE!

Mythe # 3 La société fournit les aménagements et dédommagements nécessaires pour vivre la grossesse dans la joie

Quand on pense que le personnel médical continue de proposer aux femmes d'accoucher en position couchée ou semi-assise, alors que ces positions ont été démontrées comme nuisant à l'accouchement en altérant le processus naturel soutenu par la gravité et la mobilité du sacrum et en augmentant les risques et le nombre d'interventions médicales (voir "Une naissance heureuse" d'Isabelle Brabant), on se dit qu'on est vraiment loin d'une société adaptée aux femmes enceintes et aux mères.

Quand on pense au fait que les livres écrits par des spécialistes nous mentent au sujet des symptômes de grossesse vécus par les femmes, on se demande : qui reconnaîtra notre réalité?

Quand on pense aux pauvres bébés sur lesquels des pseudo-spécialistes-auto-proclamés écrivent des mensonges honteux, alors que leur formation/compétences équivalent à la crédibilité de mon oncle Jean-Louis (faux nom) sur l'éducation de mes enfants (ben oui, je parle de Brigitte Langevin et de sa méthode du sommeil!), on se dit que ce n'est pas pour demain la grande révolution féministe pro-maternité-intégrée-dans-la-société! (voir ma liste bibliographique à ce sujet!)

De fait, devenir mère est source de sacrifices. C'est de l'abnégation. Pas juste parce qu'on ne contrôle plus quand on mange et quand on dort, mais surtout (et c'est ça qui est injuste), parce que la société nous exclut et nous sanctionne durement pour longtemps. On perd certaines occasions de travail ou de contrat; notre profil ne correspond plus à celui recherché (une personne disponible, présente, qui s'absente peu et qui n'a pas d'horaires ou de contraintes); notre mode de vie est incompatible avec le monde du travail ou des études, les aménagements sont insuffisants (55 % du salaire en congé parental, VOUS VOULEZ RIRE??? pour une telle contribution à la société! non, mais! qui a négocié ce contrat de merde???); les services de garde sont peu souples, peu flexibles et peu accessibles; les emplois à temps partiel, plus intéressants pour nous libérer du temps pour les obligations familiales, sont plus précaires et nous privent des avantages sociaux ou des bénéfices du temps plein ou encore d'une assurance salaire en cas de maladie prolongé ou d'invalidité. Bref, tout concours à nous brimer alors même qu'on donne le meilleur de nous-mêmes pour élever des enfants avec tout ce que ça demande (voir le documentaire The Mother Load à ce sujet)!

Ces faits sont niés ou minimisés sous prétexte que donner la vie est si beau. On nie le fait que la société sanctionne sévèrement la maternité de plusieurs manières, que le monde du travail - principal lieu de valorisation dans notre société selon les sociologues - est inconciliable avec la réalité maternelle et les soins aux enfants et que les espaces publics sont des lieux d'exclusions des enfants et des bébés par leur caractère inadapté à ces "clientèles" ou par la segmentation des clientèles (les personnes âgées ici et les mamans-bébés là, et seulement là, et seulement à cette heure-ci et seulement de cette manière). 

Si être mère, c'est le plus beau métier du monde, si c'est merveilleux, si c'est "félicitations, quelle bonne nouvelle!", pourquoi organiser une société inconciliable avec la maternité? 

C'est un double-discours. Pourquoi nous priver et nous disqualifier de l'atteinte des objectifs de performance, lesquels sont fixés pour les personnes sans enfants ou lesquels avantagent les hommes dans la famille, parce que ceux-ci ne vivent ni grossesses, ni accouchements, ni postnatals, ni allaitements et que leur implication, même pour les "nouveaux pères", demeure en-dessous de celle des mères?

Pourquoi nous placer dans des situations de précarité ou de dépendance face à un conjoint en refusant de dédommager correctement notre apport (re)productif à la société par la gestation, la mise au monde (et tous les risques encourus) et les soins aux enfants ainsi que la charge de la famille (mentale et souvent invisible) et encore trop souvent du domicile familial?

Pour ma part, parce que je ne pouvais pas être enceinte, avec mes maux de grossesse intenses, et poursuivre mes études à temps plein, j'ai perdu mon salaire, en plus d'une occasion d'emploi et j'ai dû payer des frais de 300 $ pour annuler mes cours pour des raisons de maladie. Chouette! Je suis tombée à la charge de mon conjoint, jugée invalide malgré mon occupation 24 h sur 24 à créer la vie. J'essaie de ne pas me sentir amère.

Ainsi, si une femme ne peut pas poursuivre ses occupations COMME SI ELLE N'ÉTAIT PAS ENCEINTE tout en étant enceinte, elle est punie, exclue, isolée, renvoyée à la charge d'un conjoint ou dans une situation de précarité outrageuse compte-tenu de son occupation si grandiose.

Les aménagements, que ce soit les "congés parentaux" accordés par certaines bourses d'études ou le régime québécois d'assurance parentale (RQAP), favorisent l'exclusion en ne permettant que du tout (temps plein, retour au travail/études) ou rien (à la maison en charge de bébé) sans possibilité plus flexible (retour à temps partiel pour un nombre de semaines) ou mieux adapté à la réalité avec des bébés et bambins.

De plus, ils favorisent un traitement inéquitable entre les hommes et les femmes en ne reconnaissant pas ou si peu la grossesse. De fait, 18 semaines de congé de maternité pour une grossesse de 40 semaines, c'est plate. Surtout que tu perds du temps avec bébé si tu les prends pendant ta grossesse parce que tu n'en peux plus de te surmener! Et que font les femmes qui sont très affectées, voire invalidée, par leurs symptômes de grossesse? Dans le meilleur des cas, elles tombent en congé-maladie, dans le pire, n'ayant pas accès à un tel congé rémunéré, elles ENDURENT. Du côté de l'aide financière aux études (pour les étudiant-e-s), comme elle offre le même traitement aux hommes et aux femmes ayant des enfants de moins de 6 ans, on peut dire qu'elle nie complètement les conditions particulière d'une grossesse, d'un accouchement, d'un postnatal et d'un allaitement. C'est la totale! Que tu sois le père d'un enfant de 4 ans ou que tu sois enceinte et que tu accouches, tu as droit à ton petit 4 mois de congé avec une très faible rémunération (700 $ par mois... ayoye, souvent une dette à rembourser plus tard, en plus). 

Plusieurs femmes arrivent, au péril de leur santé physique et mentale, à mener toutes leurs occupations sur tous les fronts. Certaines n'ont pas le choix (je pense aux étudiantes étrangères qui vont perdre leur visa d'études si elles ne sont pas inscrites à temps plein). Si les hommes vivaient la grossesse dans ces conditions, aucun d'eux n'y arriveraient. Ne disent-ils pas tous d'emblée qu'ils ne pourraient jamais porter des talons hauts toute la journée? Alors une grossesse...

En même temps, si les hommes portaient les bébés, la situation serait certainement très différente et toute l'organisation sociétale serait modifiée pour intégrer leur gestation et leur apport à la société dans un système économique et social qui les reconnaîtraient. Mais il ne faut surtout pas le dire ou le penser, car ça choque les hommes et ils s'attardent, dans leur mauvaise foi, à nier les inégalités entre les hommes et les femmes, uniquement sur cette petite affirmation provocante, profitant du coup pour nier tout le reste du texte et la situation globale des femmes enceintes, des mères, des bébés et des enfants dans une société mésadaptée à cette réalité pourtant si ordinaire et quotidienne (fait vécu de militance étudiante dans des groupes militants de gauche supposément féministes). Ce paragraphe est juste pour eux, les mascus-cachés-sous-de-faux-proféministes, pour qu'ils puissent rejeter tout mon texte du revers de la main.

Alors, comment on se sent quand on vit une grossesse non-désirée et qu'on se fait féliciter à tout vent?

Mal à l'aise. Niée. Tue. On se sent comme une impossibilité, une anormale.

Pourtant, on sait que les grossesses ne sont pas toutes planifiées; on sait que plusieurs femmes sont bien plus malades que ne le laissent croire les stupides livres de puériculture et que toutes ne vivent pas la grossesse de façon positive; on sait aussi que la société est sexiste et qu'elle désavantage en particulier les mères. On le sait. En plus, on le vit!

Mais personne ne semble le reconnaître. Tu rencontres une collègue de travail, tu n'as pas eu le temps de lui dire, mais elle l'a su par une amie commune, et elle te balance : "félicitations! J'ai appris la bonne nouvelle!". Tu avales de travers.

Tu racontes à un camarade de classe que tu es en train d'abandonner tous tes cours et que tu vis un énorme deuil... et il te lance "mais une grossesse, c'est toujours une bonne nouvelle!" Et tu as envie de pleurer... parce que lui, ça ne lui arrivera jamais.

Tu reçois un courriel d'une amie en études féministes qui, sachant pourtant tout ce que tu sais, te dis qu'elle est "heureuse pour toi". Heureuse de quoi?

Ta vie est chavirée. Ton corps est dans une tempête et tu as le mal de mer constant. Tes projets te filent entre les doigts. Des occasions qui ne se représenteront peut-être pas! Tu es malade comme un chien, invalide, incapable physiquement de faire face à tout ça.

Tu es ramenée à ton destin biologique de femme. Tu te sens trahie par ta sexualité hétéro, par ton couple, par l'amour que tu ressens pour ton conjoint. Tu dois en plus assumer certains commentaires se voulant humoristiques sur ton activité sexuelle (vu comme importante... comme s'il ne suffisait pas d'une seule fois).

Tu ne peux pas avorter parce que tu n'en es pas capable, tu sens que ça va te changer pour toujours, que ça ne fonctionne pas avec ta façon de voir les choses et d'accepter ce que la vie t'apporte parce que ce sont tes valeurs toutes personnelles. Parce que sinon, tu penseras toujours à ce 4e enfant que tu n'as pas eu. On te demandera : "tu as combien d'enfants". Et tu répondras 3, et dans ta tête "et j'en aurais eu un 4e". Tu ne peux pas le rejeter parce qu'il est arrivé tout de suite après le décès de la mère de ton chum... et parce que la 3e est née quelques jours après le décès de son père... que le "timing" est trop étrange pour ne pas y accorder une valeur. Tu ne peux pas avorter parce que ce bébé a été conçu dans l'amour et qu'à part être profondément malheureuse de voir tes projets échoués maintenant, tu ne sais rien de l'avenir et tu as toujours voulu une famille nombreuse, mais que tu ne pensais plus y parvenir vu ton état enceinte. Et ce bébé... tu l'aimes déjà, malgré tout (parce que tu as cette habitude d'aimer les êtres et les choses "malgré tout"). Tu ne juges pas celles qui avortent, tu comprends leurs raisons, tu es pour le libre-choix. Mais choisir, ça peut aussi être choisir de poursuivre... malgré tout.

Mais tu demeures ambivalente et chaque journée difficile te remet en question. Il t'arrive de regretter d'avoir choisi de poursuivre, quand c'est trop dure. Et tu t'excuses à ton bébé d'avoir une telle pensée. Tu lui expliques intérieurement que ça n'a RIEN à voir avec lui. Tu t'accroches à la joie immense que tes enfants éprouvent à l'idée d'accueillir un nouveau membre dans la famille. Ce sont eux qui t'aident à traverser la tempête. Tu pratiques la gratitude chaque jour en remerciant la vie pour ce qui va bien. Tu savoures chaque petit moment où tu as oublié tes inconforts ou bien où tu t'es senti juste "correcte". Tu fais du déni de grossesse le soir pour arriver à dormir sans penser que le lendemain sera aussi éprouvant que cette journée. Tu t'imagines faire une longue promenade, parce que tu es physiquement incapable de marcher plus de 200 mètres. Tu regardes les branches se balancer par ta fenêtre, parce que tu passes le plus clair de ton temps au lit. Tu es dans un moment "contemplatif" de vie et tu essaies de l'accepter, toi qui es généralement dynamique, fonceuse, pleine de projets sur différents fronts.

Tu as choisi de te laisser bercer par les vagues plutôt que de ramer en vain, parce que ça ne sert à rien et que c'est juste plus difficile. Quand tu tentes de faire des choses, tu te frottes constamment à tes limites et la conscience de ton invalidité te fait trop souffrir. Tu préfères lâcher-prise. Tu prends tout ce qu'on t'offre : des mots d'encouragement, des caresses, des massages, des colleux. Tu te fixes de petits objectifs : se rendre à l'Halloween, se rendre aux fêtes, se rendre au prochain rendez-vous avec la sage-femme. Tu attends le printemps qui a un sens très précis pour toi : celui de la DÉLIVRANCE. Et tu espères que les choses iront mieux après, parce que c'est l'espoir qui nous permet de traverser les épreuves.

Une grossesse, toujours une bonne nouvelle? Non merci. Il suffirait de demander à chaque femme enceinte comment elle se sent et de lui laisser l'occasion de dire ce qu'elle vit sans jugement, puis de reconnaître son vécu et de partager ses sentiments. Cessons de jouer les hypocrites.

samedi 22 novembre 2014

Le partage des tâches dans un couple hétéro-avec-enfants : sexage, sexisme bienvaillant et reconnaissance

Un sondage avec un vocabulaire sexiste

Un article du Journal de Montréal sur le partage inéquitable des tâches entre les hommes et les femmes et sur la colère des femmes m'a créé un malaise par le choix des mots employés pour traduire la réalité des femmes. Les mots sont si importants! Et ceux employés sont les mots "tannées", "mécontentes" et "dépassées".

Selon moi, le choix de ces mots laisse transparaître du sexisme. Si on parlait d'hommes, on dirait probablement "en colère", "indignés" et "débordés". Parce que "être dépassé", c'est un peu comme de dire qu'on "devrait" pouvoir le faire, mais qu'on y arrive pas, que notre limite est trop basse... c'est culpabilisant. Alors que "être débordé", c'est factuel : il y en a trop à faire.

Et honnêtement, on devrait lire le mot "exploitées", car un conjoint qui ne partage pas les tâches de manière équitable abuse ainsi de sa femme et, n'ayons pas peur des mots : il l'exploite. Il se donne des privilèges/loisirs/temps/libertés sur le dos de sa partenaire de vie. C'est la domination masculine quotidienne, invisible, sournoise,  à travers les rôles sociaux de sexe dans un couple. C'est dégueulasse. Colette Guillaumin, une féministe radicale, parlait de "sexage", une forme d'esclavagisme, la pire et la plus sournoise, selon elle (à une époque où la femme était réellement "appropriée", passant de la propriété de son père à celle de son mari sans jamais être "majeure") pour traduire cette notion d'appropriation du corps et du travail des femmes (travail de reproduction et de soins aux enfants et à l'entretien du domicile), dans le fait de se mettre en couple et de fonder une famille (Guillaumin, "Pratique du pouvoir et idée de Nature (1) L'appropriation des femmes", p. 9).

Troubler la domination masculine, une chicane à la fois, et en subir les revers

Moi, ce qui me fâche le plus dans ma vie familiale, c'est que l'organisation (du quotidien, de la vie de famille, des soins de santé, des fêtes et autres événements importants, des loisirs des enfants, de leur/notre vie sociale) m'incombe "presque toujours" (pour reprendre les termes du sondage). Ce déséquilibre revient constamment dans nos chicanes. On y travaille, mais la socialisation est tellement forte! Au moins, je ne me fais pas répondre, comme des amies m'ont raconté, que, m'indignant, "je fais de la chicane".

De fait, troubler l'ordre établi, troubler les rapports sociaux, troubler la domination masculine intériorisé de notre conjoint, remettre en question les privilèges dont il n'a même pas conscience, ça n'est pas facile! Et dans ces cas, on ne parle jamais la même langue, on n'arrive pas à quantifier car c'est inquantifiable (comment quantifier la "charge mentale" qui repose "presque toujours" sur moi?), on sera souvent tenter de faire reposer les inégalités sur des différences individuelles (je suis leader, mon chum est réservé) ou encore culturelles (il est français, je suis québécoise - c'est un exemple, ce n'est pas mon cas, mais je l'ai entendu comme justification), le gars va vouloir nous "mecxpliquer" (mansplaining) LA réalité, se poser en être rationnel et calme et ramener notre colère à quelque désordre hormonal (SPM) ou à une émotivité (laquelle est posée comme négative et incompatible avec le rationnel, alors que c'est faux!) ou, pour les trous-du-cul (la rupture est alors une option envisageable), à un trouble intérieur psychologique ou une frustration refoulée inconsciente (rien n'est pire que les attaques à notre psyché quand la psychanalyse elle-même regorge d'armes sexistes pour nous discréditer!). Dans tous les cas, on voudra taire notre colère, discuter de notre contact avec la réalité (gaslighting) et, surtout, ne pas entendre et ne pas voir les privilèges.

La quotidienneté et le dur labeur "d'être-mère"

Je nous vois, nous les femmes, travaillant tard dans la nuit pour forger l'émerveillement et les souvenirs magiques de nos enfants! Quand ça m'arrive, je pense à des femmes comme Rose-Anna, dans Bonheur d'occasion de Gabrielle Roy, en train de réparer le manteau de son enfant dont la santé est fragile pour qu'il ait le bonheur de retourner à l'école (lui qui adore l'école!) ou encore à Émilie Bordeleau, dans Les filles de Caleb d'Arlette Cousture, fabriquant des manteaux d'hiver, pour protéger ses enfants contre la misère et la froidure de cet hiver-là, à partir de vieux tissus industriels dont se servent les usines de pâtes et papiers de Shawinigan  récupérés dans la rivière (utilisée comme dépotoir par l'industrie), puis taillés et teints et enfin cousus (elle le fait en secret pour ménager la fierté de ses enfants, personne ne se doutera de la provenance de ces manteaux!).  Ce n'est pas étonnant que ce soit des écrivaines qui aient abordé la quotidienneté et le dur labeur des mères alors que ceux-ci sont grandement absents des romans réalistes et des romans du terroir français et québécois! - ce sont mes études littéraires qui parlent, faut bien que ça serve à quelque chose! - et c'est excessivement important de le remarquer pour prendre conscience que toute parole, tout point de vue censuré est également la censure ou le silence sur la réalité des opprimé-e-s.

Ce courage, cette créativité à partir de rien, ce travail acharné invisible pour les soins à nos enfants, je souhaiterais le voir chez plus d'hommes. Mais dans le contexte actuel de notre société inégalitaire, si c'était le cas de la majorité, ils obtiendraient de facto la reconnaissance et la visibilité qu'ils nous refusent (un peu comme ces chefs cuisiniers qui ont dérobé le savoir culinaire de leur grand-mère - matrimoine - pour en faire un "patrimoine", une carrière et parfois une fortune). Pour l'instant, ce qui arrive aux hommes qui "s'abaissent" à faire le travail féminin, c'est le rejet et le jugement sévère des "vrais-hommes".

Monette a peur des lavettes et des tapettes

D'ailleurs, Monette, à CHOI-Radio X semble en avoir donné un exemple éloquent à son émission le 17 novembre dernier (non, je ne renverrai pas à sa source ET je ne le citerai pas). Après avoir craché-vomi ses insultes misogynes dégoûtantes qui devraient, dans une société égalitaire, lui valoir la perte de sa job, une obligation d'aller en thérapie et probablement une rupture amoureuse et une rupture de toute vie sociale (voire même l'expatriation, l'excommunion et l'exgalaxiation - on l'enverrait en orbite autour de nulle-part avec son lave-vaisselle!), il s'est attaqué aux "faux-hommes" qui aiment vivre dans la propreté et qui n'exploite pas leur conjointe en partageant les tâches domestiques. Il les a traités de "gays" (ce qui, dans sa bouche d'homophobe-hétérosexiste, n'est pas un simple mot décrivant l'orientation sexuelle d'un homme, mais bien une insulte sexiste de "t'es pas un vrai-homme!", sous-entendu binaire "donc, t'es une femme, arke!") et de "pas-de-couilles" (ce qui, dans son langage cro-magnon, doit signifier quelque chose comme la perte des attitudes viriles de domination qui seraient, selon ses grandes connaissances anatomiques, logées dans les testicules et qui nous ramènent à une insulte sexiste "donc t'es une femme, arke!" - on peut aussi dire cette dernière phrase en se tapant la poitrine avec les poings en alternance).

C'est quoi la reconnaissance du travail des mères? C'est quoi le partage équitable des tâches?

Bien sûr, quand je parle de reconnaissance des tâches associées traditionnellement à "l'univers féminin", il va sans dire que ça n'est certainement pas un compliment de sexisme bienveillant ("ma femme est une vraie magicienne, la reine du foyer!" dit-il en la regardant ramasser la vaisselle pendant qu'il reste à la table pour jaser avec son ami), mais plutôt une reconnaissance qui se traduit par du concret : un partage égalitaire des tâches, responsabilités et soins ainsi que des finances, des loisirs et des libertés. Annie Cloutier a abordé cette question de reconnaissance dans son quiz sur ce qu'est un couple égalitaire, un texte qui est une excellente base de discussion pour les couples hétéro-avec-enfants :) que l'on soit une mère-à-la-maison ou une mère-qui-travaille-en-dehors.

Que serait l'enfance sans nous? Et, par extension, que seraient la vieillesse, la maladie, l'aide aux démuni-e-s sans toutes ces femmes qui travaillent dans l'ombre?