lundi 15 février 2010

Être anarchiste

Il y a quelques jours, j'ai compris pourquoi je me sentais aussi inadéquate (voir le message précédent). Depuis longtemps, je sais que toutes mes actions, jusqu'à mes plus petits gestes, sont guidées par des valeurs profondément ancrées en moi. Les transgresser, par fatigue ou par paresse, me cause des remords très importants, de l'inconfort surtout ! Quand je le fais, je ne me sens plus moi-même. J'ai l'impression d'avoir oublié qui je suis, ce qui fait que je suis moi.

Je suis extrêmement conscientisée à la cause environnementale entre autre. Pour protéger la terre que je respecte et la nature que j'admire, je tente par tous les moyens de diminuer mon empreinte écologique : je prends la voiture le moins possible, en famille pour occuper toutes les places, et sur de longues distances ; mes autres déplacements, je les fais en bus, en vélo ou à pied, selon les saisons, mon énergie, mes bagages, etc. Je suis équipée pour les transports actifs avec deux enfants, comme de raison ! De plus, je fais attention à l'eau que je consomme et à toute forme de gaspillage de matériaux, de ressources ou de nourritures. J'achète bio le plus souvent, équitable quand c'est possible et local. Les entreprises qui manquent d'éthique, pour autant que je le sache, je ne les encourage pas.

Il est évident pour moi que, de nos jours, personne ne devrait se permettre d'être irresponsable. Et de l'être, c'est manquer de solidarité envers tous les gens qui n'ont pas accès à ses ressources que nous gaspillons, c'est accepter que des enfants meurent de faim pendant que nous mangeons trop, que d'autres se contaminent dans l'eau polluée par une multinationale de notre continent que nous encourageons tous les fois que c'est possible.

Là où je tique, c'est quand je vois tout le gaspillage que les gouvernements, les entreprises d'ici et d'ailleurs (et celles d'ici bâties ailleurs) et les gens très riches font. Pourquoi est-ce que la richesse justifierait un tel manque d'éthique et de solidarité ?

Quand je regarde les valeurs promues par la société de consommation telles que la performance, le dépassement de soi, la finalité qui justifie TOUT, etc., la société me dégoûte. À l'école, on forme les enfants à adopter ces valeurs alors que, du point de vue de la santé et du bonheur, elles sont absolument inutiles !

Le dépassement de soi, si on le regarde de l'autre côté de la médaille, ça implique que, pour se dépasser, il faut cesser de respecter ses limites personnelles. Et ce non-respect entraîne fondamentalement une perte de dignité. Quelle valeur s'accorde-t-on quand on accepte de donner plus pour épater les autres, pour les dépasser surtout ? On m'objectera que le dépassement de soi n'a rien à voir avec les autres... si c'est le cas, pourquoi le glorifie-t-on autant ? Que sont l'engouement pour les sports professionnels, les jeux olympiques, les médailles, les certificats et tout ce blabla de reconnaissance si ce ne sont pas des marques de dépassement de soi (par rapport aux autres) ?

Le dépassement de soi, c'est l'effacement de ce soi. De toute façon, les meilleurs travailleurs sont ceux qui ne revendiquent pas le respect de leurs limites personnelles ! Quelle merde, ces syndicats qui ont demandé que les travailleurs soient protégés afin d'éviter les accidents de travail ! J'ironise, bien sûr.

Si l'on en vient à la performance. Selon la définition "industrielle" ou "économique" du mot, la performance référerait à la productivité ou à la réussite d'un individu. La productivité, c'est de travailler plus avec moins de façon à obtenir une grosse marge de profit. La réussite, c'est obtenir ce que la plupart des gens croient qu'il est nécessaire d'obtenir pour accéder au bonheur. Aujourd'hui, la réussite, c'est un couple avec deux enfants (un gars et une fille, de préférence), une maison, un garage, un petit terrain avec une piscine et des balançoires, un bon salaire, un REER, des REEE pour leurs enfants, et le "zéro éthique" que ça prend pour vouloir tout ça. (De toute façon, dans cette optique, l'éthique nuirait à toute forme de réussite telle qu'on la considère aujourd'hui.)

Enfin, si l'on observe les entreprises, on voit bien que la fin justifie les moyens. La fin, c'est le rapport financier de chaque trimestre. Les moyens, ce sont toutes les mesures pour priver les travailleurs de leurs droits (la sécurité au travail, un environnement sain, un salaire qui respecte les compétences et le travail, la sécurité d'emploi, le syndicalisme), toutes celles pour ne pas respecter l'environnement (les eaux usées, les ressources utilisées et la façon dont on les exploite et les retourne à la nature) ou toutes celles pour augmenter les profits artificiellement ou cacher des revenus ou des dépenses. Il y a de quoi faire une dépression ! On lutte comment contre ces enfoirés surpayées qui, à la première tentative de syndicalisation ou à la première injonction du gouvernement de respecter l'environnement, quittent notre pays pour s'établir dans un autre où les normes sont moins sévères - quand elles existent - et où la main-d'œuvre est moins chère - quand ce ne sont pas des enfants ? Même nos entreprises d'état abusent de nous ! Il faut voir Loto-Québec faire l'hypocrite avec les problèmes que causent les jeux en installant leur ludothèque dans les quartiers défavorisés ! Il faut regarder Hydro-Québec avec son conseil d'administration surpayé (1 millions et demi pour le pdg!), sa destruction inconsciente des plus belles grandes rivières du Québec, sa pollution irrécupérable de ces cours d'eau, sa destruction du territoire autochtone (sans compter la destruction de ce qui composait leur nourriture - poissons et gibiers désormais sans territoire également) et sa fameuse augmentation de tarifs. Quand je vois leur publicité passer à l'écran, nous suppliant de réduire notre consommation d'énergie pour que tout le monde puisse en profiter, j'ai envie de cracher dans l'écran ! Comment se fait-il que l'on augmente nos tarifs, que l'on augmente la production hydro-électrique et que l'on augmente la vente d'hydro-électricité à l'étranger, si ce n'est pas pour augmenter les profits afin de les redistribuer dans les poches du CA de l'entreprise qui n'a plus rien d'une entreprise d'état ! Nous sommes loin de la coop de quartier qui aurait suffi à nous fournir en énergie peu chère. À la place, nous avons des hommes d'affaires sans valeur, sans éthique, qui se foutent complètement du développement durable de nos ressources hydroélectriques et qui cherchent toujours à augmenter les profits.

Jusqu'où la quête des gros profits ira-t-elle ? Sommes-nous plus riches après 150 ans d'économie capitaliste ? Maintenant qu'un salaire ne suffit plus à acheter l'essentiel ? Maintenant que le superflue coûte presque rien, mais que la live de beurre est toujours aussi chère ? Maintenant qu'il faut toujours travailler plus pour finalement n'avoir que peu de loisirs ? Maintenant que les pauvres composent l'essentiel de la planète, que les territoires se sont dégradées, que l'espace et les ressources disponibles sont réduits ? Et sommes-nous plus heureux avec nos gadgets ? Certains oui, d'autres non. Et encore une fois, les changements rapides de technologie, les incompatibilités entre les nouvelles et vieilles versions, ne sont-elles pas encore une fois une façon de nous faire dépenser plus ? Quel gaspillage tout cela ! Et quelle escroquerie !

Avec toutes mes frustrations, j'ai compris que j'en avais marre du système. Mais pas seulement de ce système-ci. Pas seulement du système politique (auquel je ne crois plus, comme vous tous!), ni seulement du système capitaliste ou du système financier qui nous gère tous. C'est de tous les systèmes, passés et présents, ceux à venir, même ! J'ai compris en rassemblant ce que j'ai de culture, ce que j'ai lu à gauche et à droite (et DE gauche et DE droite), que tout système met en hiérarchie les êtres et les choses. L'égalité est une terrible hypocrisie. Allez me faire croire que nous sommes égaux, même à la naissance ! Rousseau était d'un ridicule à faire rougir ! En lisant sa fameuse origine de l'inégalité, je me demandais si vraiment leurs connaissances des origines de l'homme pouvaient être à ce point défaillante en ce temps-là ! J'imaginais, tel qu'il l'écrit, l'homme rencontrant une femme à travers les bois, la fécondant puis poursuivant son chemin. Et cette femme surtout, sur laquelle je focalisais mes pensées, malade et fatiguée à cause de sa grossesse, essayant de survivre, seule à travers la forêt, accouchant seule au fond d'une grotte et élevant ses enfants sans aucun autre soutien qu'elle-même ! Si l'homme descend du singe, il n'a jamais vécu seul dans la forêt ! Si l'homme descend du rongeur, il ne l'a pas fait non plus. Comment Rousseau pouvait-il prétendre que l'homme avait vécu autrement qu'en groupe ? Bref, lâchons Rousseau et revenons à cette fausse idée que l'égalité. En naissant, nous avons tous des imperfections, physiques ou autres, mais certains en ont plus que d'autres. Les handicaps en sont ! Les femmes aussi, qui sont historiquement soumises à une infériorité des plus injustes ! Naître femme, c'est déjà s'exposer aux injustices liées au sexe et c'est pire selon les cultures et les pays ! Naître gay (certains contesteront, surtout les religieux, peu importe leur religion, qu'on ne naît pas gay, je n'en ai rien à cirer de vos contestations!). Naître dans une famille pauvre (puisque la pauvreté a assurément des effets sur la femme enceinte). Bref, à la naissance, il y a inégalité ! Il faut rechercher la justice sociale et l'équité. C'est beaucoup plus juste que toute forme d'égalité !

Mais avant tout, il faut savoir que le système nourrit le système. Si les pauvres mangent, qui pourra manger plus ? Il n'y aura pas assez de ressources pour que tout le monde mange 2 repas de viandes par jour ! Il n'y aura pas assez de dépotoirs pour jeter ce que le canadien jette chaque jour si le monde au complet l'imite ! Il n'y aura pas assez de terrains pour que tous les banlieusards en aient ! Pas assez d'eau pour leurs piscines ! (Je dirais : pas assez de chiens pour leurs enfants, mais ce serait aller trop loin !) Il n'y aurait certainement pas assez de routes (ni de voies dans chaque route) pour les 2 automobiles qu'utilisent en majorité les familles nord-américaines. Pas assez de stationnements pour les 3 stationnements que demande chaque voiture (données de CAA Québec). Bref, avec toute notre bonne volonté (dont je doute fortement pour la grosse majorité des êtres humains), vivre comme nous le faisons est impossible pour la totalité des êtres humains. Sans compter ceux qui, depuis des siècles, possèdent la majorité des richesses de la terre (certaines familles américaines, saoudiennes, anglaises, etc.). Comment pourraient-ils accepter de vivre dans les mêmes conditions que les nôtres, déjà, mais que les pauvres de cette planète ? De tous les côtés que nous regardions, il y a une impossibilité de la part du système d'assurer une justice sociale ou une équité ou une quelconque éthique. Dans tous les cas, malgré toutes mes réflexions, malgré tous les philosophes, sociologues, anthropologues, grands hommes et grandes femmes que j'ai lus, j'en arrive toujours à rejeter toutes les formes de système.

Alors voilà, je fais mon coming out, je suis anarchiste ! Mais pas de ceux qui fracassent les vitrines des magasins de la rue Saint-Denis à la moindre frustration (les fans du hockey et les punks...). Je compte plutôt m'opposer fortement à toutes les formes d'injustices dont je serai victime ou dont mes proches seront victimes. Je compte aussi continuer à faire tous les petits gestes concrets que je fais chaque jour pour améliorer la justice sociale, l'équité et mon impact environnemental. Je compte également refuser les services de TOUTES les grosses entreprises pour lesquelles je n'ai plus de respect. Vivre pleinement l'anarchie qui m'habite, maintenant que je le sais, devra se faire à pas de bébé. J'ai mes comptes à vider (je refuse de payer les frais de gestion et d'administration hypocrites), une nouvelle compagnie de téléphone à trouver, un terrain à m'acheter, de l'argent à épargner par moi-même et plein de projets à poursuivre.

Je vous encourage aussi à refuser que, dans notre monde, la plupart des gens ne mangent pas à leur faim, que quelques uns comme nous y arrivent et qu'une poignée possède presque la totalité des ressources planétaires (et en abusent, et les gaspillent, et refusent de les partager) !

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