jeudi 11 février 2010

Se sentir inadéquate

Dans la vie, on peut se sentir incompétent, ignorant, ridicule. Ces sentiments s'apparentent généralement à une situation particulière. Alors que l'inadéquation, c'est quand on se sent incompatible avec le reste du monde extérieur.

Ce sentiment m'habite souvent. Il me semble que, partout et en tout temps, tout ce que je désire va à l'encontre de ce qui existe déjà, de ce qui est établi.

J'ai l'impression que, dans tous les domaines, je suis une pionnière ou une extra-terrestre. J'ai souvent des idées très simples et faciles à mettre en place mais je me confronte constamment à un monde organisé de manière à inhiber toute forme d'initiative naturelle. Ce n'est pas que la nature n'est pas complexe, au contraire ! Mais je trouve que les humains arrivent à faire les choses plutôt compliqué que complexe.

Le meilleur exemple, je crois, c'est les sièges d'auto. Quand on essaie de défaire les sangles pour laver le tissu qui le recouvre, on se rend rapidement compte que tout a été construit pour faire de l'entretien une entreprise des plus compliquées. Pourtant, les concepteurs ne doivent pas ignorés que les enfants salissent tout et qu'il faut souvent nettoyer, que les habits de neige traînent la boue avec eux jusque dans l'auto et que ce siège n'en sera pas épargné ! Pourquoi avoir rendu l'entretien aussi difficile ? À quoi sert ce temps perdu inutile à tout défaire les parties du siège ? La seule réponse que je trouve à cela, c'est que les compagnies de sièges d'auto doivent justifier le prix trop élevé de leurs sièges par un produit qui semble complexe et sophistiqué. Ainsi, ils ajoutent filets à jouets, coussins ajustables, base ajustable, porte-verre, structure de plastique lourde, pleine de morceaux qui partent dans tous les sens et qui lui donne l'allure d'un produit sécuritaire et durable, futuriste même ! Mais réellement, concrètement, quand on sait que le siège ne dure que quelques années, à quoi sert toute cette mise en scène ? À justifier les 150 à 200$ que coûte le produit !

Comment se fait-il qu'il y ait autant d'options dans une voiture ? Comment se fait-il que les sièges pour enfant n'y soit pas automatiquement intégrés ? Comment se fait-il que ce soit encore compliqué de les attacher en 2010 ? Comment se fait-il que le derrière des sièges avant n'ait pas un dispositif de protection contre la saleté de leurs bottes qui s'y frottent constamment ? Comment ça se fait que les tapis de fond de voiture en caoutchouc ne soit pas fournis avec la voiture ?

Même le compte de mon téléphone est rendu compliqué ! On veut justifier toutes les hausses de tarifs les plus absurdes par un nom sérieux comme "frais de réseau" ou "frais de gestion". Personne ne comprend vraiment ce que cela veut dire ni comment le montant est fixé. Ce n'est jamais un montant arrondi comme 10$ ! C'est toujours quelque chose de très précis : 4,72$. Qui calcule ce montant ? Comment le fait-il ? Si on posait toutes les questions nécessaires pour comprendre notre compte de téléphone ou d'internet, je suis certaine qu'on arriverait dans un cul de sac. Le personnel ne pourrait pas répondre logiquement à ce genre de questions. Vraiment, c'est une mascarade !

Même les frais scolaires prennent ce tournant. On y affiche près d'une dizaine de raison de payer plus cher les frais de scolarité. Il y a les frais de gestion, d'administration, les dons à ceci et à cela, les frais de membres de ceci et de cela. Plutôt qu'un montant précis, on tente de nous expliquer pourquoi ça coûte toujours plus cher ! Comme si le montant élevé nécessitait une campagne de justification sur la facture ! Normalement, en payant plus cher, on devrait voir une amélioration nette des services. À l'Université Laval, alors que le nouveau système informatique de gestion des dossiers étudiants nous coûte 50$ de plus chaque année (500$ de plus dans 10 ans !) et que ces frais sont expliqués dans notre facture en 2 lignes, le service technologique que nous attendions déçoit tout le monde ! Non seulement il déçoit, mais il perd des notes, des dossiers, oublie des dérogations faites dans le passé, n'attribue pas le baccalauréat à des élèves en attente de recevoir leur diplôme, etc. ! Il est évident que ce flop total que connaît le nouveau programme doit être justifié dans une facture avec des montants précis, parce qu'autrement, on pourrait croire qu'ils abusent de notre porte-feuille (ce qui est évidemment le cas dans cette affaire)!

Le pire dans tout ça, c'est que ce souci de transparence dans les frais de service, de gestion ou d'administration est une hypocrisie sociale ! Les entreprises font semblant de nous prendre pour des gens intelligents en expliquant tout ce qu'ils font de notre argent, alors qu'on ne connaît pas du tout leurs dépenses réelles et que, si on prenait le temps de le faire, on verrait que le salaire des gestionnaires et actionnaires est exubérant comparé à celui des employés qui font tout le boulot, que des dépenses inexplicables ont lieu pour des repas, des colloques et des hôtels de luxe. Et ça, tout le monde le sait ! Tout le monde dit que c'est hypocrite, que c'est n'importe quoi ! Mais que peut-on faire, sinon de ce sentir inadéquat d'avoir envie de le crier ?


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