samedi 20 avril 2013

Les méthodes éducatives humiliantes du papa d'un enfant de 2 ans

Sur facebook, plusieurs personnes ont posté cette page en trouvant ça plutôt drôle et comique.... Moi, je trouve ça plutôt troublant... c'est comme si le papa considère qu'il est normal que son enfant pleure jusqu'aux larmes, que ses sentiments n'en sont pas de vrais, comme les nôtres, et que c'est banal voire drôle au point de le prendre en photo, ce qui est très humiliant à mes yeux, pour que tous les surfers rient de lui également... ON NE FERAIT JAMAIS CE TRAITEMENT À UN ÊTRE HUMAIN ADULTE. Alors pourquoi on se le permet à un enfant? Et si le papa se posait la question à savoir pourquoi son enfant pleure comme ça à chaude larmes plusieurs fois par jour? et s'il s'interrogeait sur son propre parentage (ses méthodes éducatives, comme on dit souvent) et sur la banalisation des sentiments de son enfant et l'humiliation de celui-ci devant le reste de la planète? Bref, j'aime pas.

Pour définir mon objection à l'entreprise de ce papa, je vais donner mon point de vue sur les "crises" des enfants. Je suis désolée, mais ce sera long pcq je veux en montrer les différents aspects ainsi que montrer les nuances et les limites de ma façon de voir les choses. Je ne veux aussi froisser personne. Je sais que c'est toujours un sujet délicat, les méthodes éducatives. N'hésitez pas à commenter, compléter, critiquer. Mon but n'est pas d'imposer mon point de vue... mais bien d'étayer mes réflexions et d'expliquer mon désaccord.

 Le "terrible-two" est considéré, dans la culture occidentale, comme une phase normale de développement de l'enfant. De mon côté, je me questionne à savoir si c'est réellement universel ou si c'est lié à l'éducation extrêmement stricte et contraignante de la culture occidentale (lié aussi à l'aménagement physique des lieux, maisons et villes)... Je pense notamment à l'adolescence qui n'existe que depuis moins d'un siècle dans la culture occidentale. Ce n'est pas qu'une reconnaissance de cette phase et de cette population, c'est une phase qui n'est pas vécue partout et pas au même degré qu'ici. Elle n'est donc pas inhérente à tout développement d'êtres humains.

Cela dit, j'ai vécu le "terrible-two", comme le "fucking four", avec mes filles, jamais de la même façon ni au même degré. Je ne l'ai d'ailleurs pas vraiment vécu avec la deuxième dont le tempérament est beaucoup plus bonace et moins affirmé que les deux autres. Je ne considère pas leur crise comme étant ridicule ou inutile (oui, parfois, dans ma tête, en soupirant loll) et je ne leur explique jamais qu'elles ont "raison" ou pas de ressentir telle ou telle émotion. Si mon conjoint agissait comme ça avec moi -- me dire que je n'ai pas raison de faire une crise de larmes --, je considérerais la situation comme de la violence conjugale (du gaz lighting, en fait, quand on fait croire à l'autre que ses émotions n'en sont pas de réelles et qu'on lui nie son ressenti), c'est-à-dire comme une personne qui prend contrôle d'une autre personne en lui imposant son ressenti, ses émotions et sa façon de voir les choses.

C'est pour ça que je dis qu'il faut considérer l'enfant comme une personne à part entière, avec ses envie, ses réticences, ses désirs, ses blocages, ses émotions et ses perceptions. Tout ça va changer, comme on continue de changer, nous, au fur et à mesure qu'on se développe (ou chemine, si on préfère ce mot). Il faut aussi considérer l'enfant et l'éducation, comme deux concepts construits historiquement et culturellement, cela remet beaucoup de nos "méthodes éducatives" en perspectives : elles sont historiquement et culturellement située (ainsi qu'influencé par le sexe de l'enfant), elles n'ont rien d'objectif ou d'absolu...et encore moins de parfait.

Ceci dit, de mon point de vue, ça n'exclut pas de valider ou d'invalider les perceptions, de remettre en perspective, d'aider l'enfant à gérer ses émotions et, le cas échéant, à l'aider à trouver des solutions pour diminuer cette frustration (puisque nous en vivons tous, pour toujours et à jamais). Pour moi, c'est ça l'apprentissage des crises : l'enfant développe son autonomie et apprend à gérer ses émotions ainsi qu'à exprimer ces besoins.

Ça n'a rien à voir avec le fait d'intervenir et de décider pour l'enfant, de lui expliquer ou de lui faire la morale... ça tient à l'accompagnement, à l'analyse et parfois, au quotidien, à des stratégies très simples : changer de jeu, distraire, cajoler (allaiter), nourrir, endormir , voire ignorer et le laisser trouver sa solution. Puisque les crises, sont, en tout cas pour mes filles, souvent liées à l'insatisfaction de besoins primaires (une collation donnée trop tard, une sieste ratée, une grippe qui s'en vient) ou, dans les autres cas, à de réelles frustrations profondes (l'enfant pensait que le chocolat était pour lui, mais il était pour l'enfant assis à la table d'à côté au café... et il s'en rend compte au même moment qu'il prend conscience qu'il n'aura pas de chocolat -- ou encore, l'enfant comprend que le voyage est terminé, qu'il quitte ses ami-e-s d'été pour longtemps, voire toujours...).

J'ai connu de grosses crises qui durent longtemps, mais pas beaucoup heureusement. J'ai eu à maîtriser ma deuxième qui voulait se frapper la tête contre le mur. J'ai eu des crises en public où je me voyais hausser les épaules bêtement en regardant les adultes compatissants autour et les autres... plein de jugements... et je ramassais parfois mes enfants en dessous de mes bras pour trouver un endroit calme où celui-ci peut faire sa crise et prendre le temps de se calmer sans frustrer tlm. Bref, j'en ai vu de toutes les couleurs. Je me suis parfois sentie dépassée, frustrée, incompétente... mais jamais je n'ai pensé que mes enfants ne ressentaient pas de VRAIES émotions, ne serait-ce que de la fatigue, de l'ennui ou de la faim.

Je ne pense pas qu'on puisse tout savoir des émotions que vivent nos enfants. À 2 ans, ils ne parlent pas assez bien et ne connaissent pas assez de concepts abstraits (d'ailleurs même aucun...) pour mettre en mot ce qu'une conversation avec une amie me permet de faire. Alors ils ne peuvent que pleurer ou hurler, frapper, taper, mordre et leurs déclinaisons. À défaut de comprendre, on ne peut qu'accueillir, de mon point de vue. La crise peut survenir après une journée de frustrations alors qu'on n'a pas vu que celles-ci s'étaient accumulées...

Je trouve ça embêtant de leur dire "regarde comme tu es pas beau sur cette photo quand tu pleures". Moi non plus, je ne suis pas belle quand je pleure... je suis probablement ridicule... mais je ressens alors de la tristesse, je n'ai pas envie d'entendre une voix, dans ma tête, me dire : "regard comme tu es ridicule, cesse de pleurer".

Je suis probablement sensible à cette question à cause de ma propre enfance, pcq j'étais une enfant sensible (autrefois appelé "difficile") : je dormais peu, j'exprimais beaucoup de besoins, je demandais beaucoup de stimulations et je brûlais mes parents... Mais j'ai eu une mère très respectueuse (même si elle ne me comprenait pas du tout) et stimulante. Quand elle me voyait avec du "trop plein" que je n'arrivais pas à exprimer, elle jouait du piano et me laissait pleurer sur son épaule, loll. Comment j'aurais pris ça si ma mère avait fait un blogue avec ma photo? Ça m'aurait détruit, je pense... Aujourd'hui, je suis encore une personne sensible... et il m'arrive d'exploser... et heureusement, personne ne me dit que je n'ai pas raison de me sentir comme ça ni ne me prend en photo pour se moquer de moi avec le reste de la planète... on trouve juste généralement que j'aurais pu l'avoir expliqué sans crier

Mon dernier point concerne notre rôle d'adulte exemplaire (pcq les enfants apprennent bien plus par imitations que par enseignements forcés). Beaucoup d'adultes ne savent pas gérer leurs émotions. Tous font des crises à un moment ou un autre. Certains font également, quand ils explosent, des choses qui sont bien pires que les crises d'enfant et bien plus révélateur d'un incapacité à se contrôler que le hurlement et le bacon de l'enfant de 2 ans : dire des choses qui dépassent notre pensée, menacer l'autre, faire du chantage, manipuler, être passif-agressif, être agressif, être violent, attaquer l'autre, détruire des objets, tenter de contrôler l'autre, intimider, etc. Cela ne nous rend vraiment pas crédible pour faire la morale à nos enfants sur ces points alors que nous sommes le meilleur exemple de comment gérer ses émotions...

De mon côté, je choisis donc d'accueillir les émotions (et vous comprendrez que, étant humaine, j'ai mes limites et je les atteins parfois), d'accompagner mon enfant vers le développement de stratégies pour gérer ses émotions et développer son autonomie et de montrer le meilleur exemple possible de mon côté quand je dois gérer mes émotions (c'est encore le point le plus difficile, hihi!).

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